Romains 9:5

Publié le par bleu_lagon

Voici Romains 9:5 en grec : kaï éx hôn ho khristos to kata sarka, ho ôn épi pantôn, théos eulogêtos éïs tous aïônas; amên

Si l’on en croit l’ouvrage intitulé A Catholic Dictionary, c’est en Romains 9:5 que les défenseurs de la Trinité trouvent " la plus claire affirmation de la divinité du Christ qui figure dans Saint Paul, et même dans tout le N[ouveau] T[estament] ".

CONSULTONS DIFFÉRENTES TRADUCTIONS

Segond 1910 — " et les promesses, et les patriarches, et de qui est issu, selon la chair, le Christ, qui est au-dessus de toutes choses, Dieu béni éternellement. Amen! "

Annotée Neuchâtel — " à qui appartiennent les pères et desquels est issu, selon la chair, le Christ, lui qui est au-dessus de toutes choses, Dieu béni éternellement. Amen ! "

Darby — " auxquels sont les pères, et desquels, selon la chair, est [issu] le Christ, qui est sur toutes choses Dieu béni éternellement. Amen ! "

Martin 1744 — " Desquels [sont] les pères, et desquels selon la chair [est descendu] Christ, qui est Dieu sur toutes choses, béni éternellement ; Amen ! "

Ostervald — " Qui descendent des pères, et de qui est sorti, selon la chair, Christ, qui est Dieu au-dessus de toutes choses, béni éternellement. Amen! "

Semeur — " à eux les patriarches! Et c'est d'eux qu'est issu le Christ dans son humanité; il est aussi au-dessus de tout, Dieu béni pour toujours. *Amen! "

Bible en Français Courant — " Ils sont les descendants des patriarches et le Christ, en tant qu'être humain, appartient à leur peuple, lui qui est au-dessus de tout, Dieu loué pour toujours. Amen. " (note : autre traduction : que Dieu, qui est au-dessus de tout, soit loué pour toujours).

Jérusalem — " et aussi les patriarches, et de qui le Christ est issu selon la chair, lequel est au-dessus de tout, Dieu béni ternellement ! Amen. "

King James version — " Desquels sont les pères, et de qui est venu, selon la chair, Christ, qui est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement. Amen. "

Traduction Œcuménique de la Bible — " et les pères, eux enfin de qui, selon la chair, est issu le Christ qui est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement. Amen. "

Crampon — " et les patriarches, et de qui est issu le Christ selon la chair, lequel est au-dessus de toutes choses, Dieu, béni éternellement. Amen! "

Bible de l'épée — " Qui descendent des pères, et de qui est sorti, selon la chair, CHRIST, qui est DIEU au-dessus de toutes choses, béni éternellement. Amen! "

Chouraqui — " À qui sont les pères, et d’eux le messie selon la chair, qui est au-dessus de tout, l’Elohîms béni en pérennité. Amén. "

Traduction du Monde Nouveau — " à qui appartiennent les ancêtres et de qui le Christ [est issu] selon la chair : Dieu, qui est au-dessus de tout, [soit] béni pour toujours. Amen. "

Bible de la liturgie — " ils ont les patriarches, et c'est de leur race que le Christ est né, lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement. Amen. "

PREMIER CONSTAT

Force nous est de constater que la grande majorité des traductions va dans le sens d'une reconnaissance de Jésus comme " Dieu au-dessus de tout. " Seule dans cette liste, la TMN (Traduction du monde nouveau, des Témoins de Jéhovah) se démarque vraiment. Beaucoup en profiteront pour les montrer du doigt en affirmant, qu'une nouvelle fois, les Témoins ont dénaturé le texte pour l'adapter à leur croyance (car ils nient la Trinité).

Mais comme je ne fais pas partie de ceux qui condamnent autrui sans autre forme de procés, je me suis adressé à eux pour connaître les raisons de leur choix de traduction. J'ai ainsi obtenu les informations suivantes :

D'autres traducteurs que ceux formant le comité de traduction de la TMN ont jugé bon de traduire différemment des autres...

AU DELÀ DES APPARENCES


Voici ces traductions :

Bible du Centenaire — " et dont le Christ est issu, selon l’ordre naturel. Que le Dieu qui est au-dessus de toutes choses soit à jamais béni ! Amen. "

The New American Bible — " et d’eux est venu le Messie (je parle de ses origines humaines). Que soit béni pour toujours Dieu qui est au-dessus de tout ! Amen ! "

Good News Bible — Today’s English Version — " et Christ, en tant qu’être humain, appartient à leur race. Que Dieu, qui domine sur tout, soit loué pour toujours ! Amen ! "

Vous aurez également noté que la note de la BFC donne cette leçon comme solution.

Toute accusation a priori serait donc déplacée. Manifestement, la façon de traduire ce verset ne fait pas l'unanimité. On est en droit de se demander pourquoi. Le texte grec présente-t-il une difficulté? Approfondissons le sujet. Mais, tout d'abord...

QUE DIT LE CONTEXTE ?

Voici ce que dit le livre Comment raisonner à partir des Ecritures (publié par les Témoins de Jéhovah) à la page 425 et au paragraphe 7 : " Quelle traduction de Romains 9:5 s’accorde avec Romains 15:5, 6 qui, après avoir différencié Dieu de Christ Jésus, invite le lecteur à ‘glorifier le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ’? (Voir également II Corinthiens 1:3 et Éphésiens 1:3.) Considérez les versets qui suivent Romains 9:5. Les versets 6 à 13 expliquent que la réalisation du dessein de Dieu dépend non d’un héritage selon la chair, mais de la volonté de Dieu. Les versets 14 à 18 rapportent le message que Jéhovah avait adressé à Pharaon, en Exode 9:16, pour bien montrer que Dieu est au-dessus de tous. Puis, dans les versets 19 à 24, la supériorité de Dieu est illustrée par une comparaison avec un potier et les vases d’argile qu’il façonne. Il est donc très approprié que nous trouvions cette exclamation au verset 5: "Dieu, qui est au-dessus de tous, soit béni éternellement! Amen." — TMN.


Je crois qu'il n'y a rien à ajouter à cette analyse très complète. Consultons donc sans plus attendre le texte grec.

LE TEXTE GREC À LA LOUPE

Une note dans la Bible Annotée Neuchâtel dit : " Les manuscrits les plus anciens étant dépourvus de ponctuation, la question ne peut être tranchée que par l'exégèse. Les Pères de l'église les réformateurs et la majorité des interprètes modernes rapportent cette phrase au Christ, que l'apôtre désignerait comme étant au-dessus de toutes choses, Dieu béni éternellement. Plusieurs exégètes (Meyer, Oltramare) et quelques éditeurs du texte (Tischendorf) estiment que la doxologie a Dieu pour objet."

Voici ce qu’on peut lire à ce sujet dans un ouvrage de référence: " Rom. 9:5 est l’objet d’une controverse (...). Il serait facile, et tout à fait permis du point de vue linguistique, de rapporter cette expression au Christ. Le verset se présenterait alors comme suit: ‘Le Christ, qui est Dieu au-dessus de tous, béni éternellement. Amen.’ Cependant, même si on la retenait, cette leçon ne ferait pas du Christ l’égal absolu de Dieu. Elle le montrerait seulement comme un être de nature divine, car dans le texte le mot théos [Dieu] apparaît sans article. Toutefois, (...) [nous avons] de fortes raisons de penser que cette déclaration est plutôt une doxologie adressée à Dieu." — The New International Dictionary of New Testament Theology, Grand Rapids, 1976, tome II, p. 80.

Il n’est pas jusqu’au Catholic Dictionary qui ne reconnaisse: "Nous n’avons aucune raison grammaticale ou contextuelle qui nous empêche de traduire: ‘Dieu, qui est au-dessus de tout, soit béni à jamais. Amen ! ’"

On retient donc l'idée principale : les deux traductions sont possibles. Aucune des deux ne s'opposent au texte grec. Comme le dit la Bible Annotée Neuchâtel : " La question ne peut être tranchée que par l'exégèse. " Autrement dit, il appartient au traducteur, selon sa compréhension des Ecritures, de choisir tellle ou telle leçon.

Par conséquent, et en accord avec les règles que je me suis fixées, ce passage de Romains 9:5 est neutre par rapport à la Trinité. Il ne peut être invoqué ni pour soutenir ce dogme, ni pour s'opposer à lui.

Je ne peux cependant m'empécher de m'interroger sur le commentaire de A Catholic Dictionary qui affirme que c’est en Romains 9:5 que les partisants de la Trinité trouvent " la plus claire affirmation de la divinité du Christ qui figure dans Saint Paul, et même dans tout le N[ouveau] T[estament] ". Car, puisque le texte peut être traduit d'une manière qui ne soutient en aucune façon ce dogme, sans faire violence au grec, comment peut-on affirmer une telle chose?

INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

Ce qui suit est la copie de l'appendice 6D de la Traduction du Monde Nouveau.

Pour les spécialistes, rappel du grec : kaï éx hôn ho khristos to kata sarka, ho ôn épi pantôn, théos eulogêtos éïs tous aïônas; amên

Dans le passage ci-dessus, on considère (ho ôn) comme le début d’une phrase (ou proposition) qui se rapporte à Dieu et qui exprime une bénédiction à son adresse pour les dispositions qu’il a prises. Ici et en Ps 67:19 LXX, le prédicat (eulogêtos, " béni ") se trouve après le sujet (théos, " Dieu "). — Voir Ps 68:19, note.

Voici ce que G. Winer dit dans son livre A Grammar of the Idiom of the New Testament (Andover 1897, 7ème éd., p. 551) : " Quand le sujet constitue l’idée principale, surtout quand il fait antithèse à un autre sujet, le prédicat peut et doit être placé après lui, cf. Ps. lxvii. 20 Sept [Ps 67:19 LXX]. Et ainsi en Rom. ix. 5, si les termes [ho ôn épi pantôn théos eulogêtos, etc.] se rapportent à Dieu, l’ordre des mots est celui qui convient, qui s’impose même. "

Une étude minutieuse de cette construction en Romains 9:5 se trouve dans le livre de E. Abbot, The Authorship of the Fourth Gospel and Other Critical Essays (Boston 1888, p. 332-438). Voici ce que l’auteur dit aux p. 345, 346 et 432 : " Mais, ici, [ho ôn] est séparé de [ho khristos] par [to kata sarka], expression qui, à la lecture, doit absolument être suivie d’une pause — pause qui est prolongée du fait que le [kata sarka] se trouve accentué par le [to] ; et la phrase qui précède est complète en soi grammaticalement, elle ne nécessite pas d’autre élément logiquement ; car c’est seulement quant à la chair que le Christ est issu des Juifs. D’autre part, ainsi qu’on l’a vu (p. 334), l’énumération, juste avant, de bénédictions que vient couronner l’inestimable bénédiction que fut l’avènement de Christ, cette énumération conduit tout naturellement à une formule de louange : on rend grâces à Dieu, on le loue comme l’Être qui domine sur tout ; tandis qu’une doxologie se perçoit également dans le [Amên] à la fin de la phrase. À tous les points de vue, donc, la construction doxologique semble s’imposer. (...) Qu’une pause soit naturelle après [sarka], c’est ce qu’indique aussi le fait qu’on trouve un point après ce terme dans tous nos MSS les plus anciens, qui sont donc témoins, à savoir A, B, C, L. (...) Je peux citer à présent, outre les onciaux A, B, C, L, (...) au moins vingt-six cursifs qui ont un signe pausal après σάρκα, le même en général que celui qu’ils ont après [aïônas] ou [Amên]. "

Liste des manuscrits cités par E. Abbot :
A Codex Alexandrinus
B Codex Vaticanus
C Codex Ephræmi Syri rescriptus
L Codex de Leningrad B 19 A

 

 

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