Philippiens 2:5 et 6

Publié le par bleu_lagon

Paradoxalement, Philippiens 2:5 et 6 est autant employé par les défenseurs de la Trinité que par ses adversaires. Comment cela est-il possible? En fait, tout dépend de la traduction de la Bible que l'on utilise. Consultons deux traductions pour comprendre :

King James Version : " Que cette façon de penser soit en vous, laquelle était aussi en Christ Jésus ; Lui qui étant en forme de Dieu, n’a pas considéré comme usurpation d’être égal à Dieu."

Segond : " Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une proie à arracher d'être égal avec Dieu."

La version de la King James dit que Jésus était l'égal de Dieu et qu'il a considéré cette égalité, non comme une usurpation ou un vol, mais comme un droit absolu, légitime.

A l'opposé, la version Segond affirme que Jésus n'a jamais cherché à être l'égal de Dieu. Si il l'avait fait, cela aurait fait de lui un voleur, quelqu'un qui cherche à arracher une proie, un butin, qui ne lui appartient pas.

Comme vous pouvez le voir, on fait dire à ce verset une chose et... son parfait contraire ! Voila qui mérite donc une analyse approfondie. Mais avant d'aller plus avant, voyons comment d'autres traductions rendent ce verset. Saurez-vous discerner quelle exégèse est mise en valeur dans chacune d'elles?

COMPARAISON DES TRADUCTIONS

Traduction du monde nouveau : " Gardez en vous cette attitude mentale qui était aussi en Christ Jésus, lequel, bien que se trouvant dans la forme de Dieu, n’a pas songé à une usurpation, c’est-à-dire : pour qu’il soit égal à Dieu."

Annotée Neuchâtel : " Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, ne considéra pas comme une proie l'égalité avec Dieu."

Darby : " christ Jésus, lequel, étant en forme de Dieu, n’a pas regardé comme un objet à ravir d’être égal à Dieu." Note : à ravir ou : saisir à tout prix.

Martin 1744 : " Jésus-Christ. Lequel étant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une usurpation d'être égal à Dieu."

Ostervald : " Jésus-Christ, Lequel étant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une proie à saisir d'être égal à Dieu;"

Semeur : " Jésus-Christ. Lui qui, dès l'origine, était de condition divine, ne chercha pas à profiter de l'égalité avec Dieu." Note : D'autres comprennent: ne chercha pas à rester de force l'égal de Dieu (ou à se faire de force l'égal de Dieu).

Bible en Français courant : " Jésus-Christ : Il possédait depuis toujours la condition divine, mais il n'a pas voulu demeurer de force l'égal de Dieu " Note : autre traduction chercher à se faire de force l'égal de Dieu (comparer Gen 3.5).

Jérusalem : " le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu." Note au bas de la page : "Litt. ‘il ne regarda pas l’état d’égalité avec Dieu comme une proie’ (...) à saisir."

Chouraqui : " Iéshoua‘: lui, qui subsistant en forme d’Elohîms, n’a pas estimé un butin le fait d’être égal à Elohîms "

Bible de l'épée : " Jésus-Christ, Lequel étant la substance permanente de Dieu, n'a point considéré comme usurpation d'être égal à Dieu;" [Le mot permanente, en italique, est ajouté à la traduction ; il n'apparaît pas dans le texte grec]

Traduction Œcuménique de la Bible : " Jésus Christ : lui qui est de condition divine n'a pas considéré comme une proie à saisir d'être l'égal de Dieu."

Crampon : " Christ Jésus: bien qu'il fût dans la condition de Dieu, il n'a pas retenu avidement son égalité avec Dieu."

Bible de la liturgie : " Christ Jésus: lui qui était dans la condition de Dieu, il n'a pas jugé bon de revendiquer son droit d'être traité à l'égal de Dieu ; "

Cardinal Liénart : " Christ Jésus : lui qui possédant la nature divine, n'a pas considéré son égalité avec Dieu comme un bien jalousement gardé." [L'emploi de l'adjectif possessif " son ", indiquant que Jésus possédait l'égalité avec Dieu, ne figure pas dans le texte grec].

Oltramare : " quoiqu’il fût en forme de Dieu, loin de s’en prévaloir pour s’égaler à Dieu.

Das Neue Testament, édition révisée, de Friedrich Pfäfflin : " Lui — véritablement de nature divine! n’a jamais eu la suffisance de se faire égal à Dieu."

La Bibbia Concordata : " qui, bien qu’étant en forme de Dieu, n’a pas considéré qu’être égal à Dieu était une chose qu’il devait cupidement faire sienne."

The Emphatic Diaglott : " Jésus-Christ qui, bien qu'étant en forme de Dieu, n'entretint pas le désir d'usurper l'égalité avec Dieu."

An American Translation : " Jésus. Bien que possédant la nature de Dieu, il ne voulût pas lui être l'égal."

The Nex Testament in an improved Version : " Bien qu'en forme de Dieu, il ne voulut point parvenir à la ressemblance de Dieu."

The Emphasised Bible : " Jésus-Christ qui, subsistant en forme de Dieu, ne considéra pas l'égalité avec Dieu comme devant être recherchée."

The Riverside New Testament : " Jésus-Christ qui, bien qu'existant en forme de Dieu, ne pense pas que l'égalité avec Dieu devait être recherchée."

ANALYSE DES DIFFÉRENTES NOTES

La version Semeur adopte la leçon qui veut faire de Jésus l'égal de Dieu tout en indiquant en note que le grec autorise une autre interprétation : ou ne chercha pas à se faire de force l'égal de Dieu. Deux leçons opposées !

La note de la Bible en Français courant mérite toute notre attention : autre traduction chercher à se faire de force l'égal de Dieu (comparer Genèse 3.5). Que dit ce verset? Le voici dans la même Bible : " Mais Dieu le sait bien : dès que vous en aurez mangé, vous verrez les choses telles qu'elles sont, vous serez comme lui, capables de savoir ce qui est bon ou mauvais." Vous avez certainement reconnu les paroles prononcées par Satan. Que proposait-il à Eve? Rien de moins que... l'égalité avec Dieu ! Une égalité que nos premiers parents ont cherché à obtenir de force. Quel rapport avec Philippiens 2:5, 6? En clair : Pour Jésus, le fait de " chercher à se faire de force l'égal de Dieu " équivalait à imiter nos premiers parents dans leur rébellion contre le Souverain de l'univers. Si c'est là, véritablement, le sens des paroles de Paul, lui faire dire tout le contraire est grave de conséquence, vous le comprenez bien.

La note de Jérusalem dit que littéralement il faut lire : ‘il ne regarda pas l’état d’égalité avec Dieu comme une proie’ (...) à saisir." Mais si cette leçon est véritablement la signification littérale du grec, pourquoi la reléguer au bas de la page dans une petite note ?

Remarquons aussi que même lorsqu'une traduction adopte une leçon qui pourrait être interprétée dans le sens " ne pas se faire de force l'égal de Dieu, " les notes qui accompagnent le verset se chargent de ramener le lecteur à une opinion... disons plus " orthodoxe ". C'est le cas de la Bible Annotée Neuchâtel qui rend par : " Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, ne considéra pas comme une proie l'égalité avec Dieu." La note dit en effet : " En possession des perfections divines, le Fils de Dieu était égal à Dieu ; (comparez Jean 5.18) s'il eût paru ainsi sur la terre, ce n'aurait point été une proie qu'il aurait saisie, mais c'eût été son droit éternel. En d'autres termes, Christ aurait pu, en se manifestant à ce monde coupable, apparaître dans toute la majesté de sa gloire divine ; il ne l'a pas fait, il n'a pas envisagé son égalité avec Dieu comme une proie à saisir, comme une dépouille ou un butin à porter en triomphe et dont il aurait fait trophée (tel est le sens du mot original) ; mais au contraire il s'est dépouillé lui-même . "

Autrement dit, Jésus n'a pas cherché ' à profiter de son égalité avec Dieu ' (Semeur). Il était son égal (Jérusalem), mais il ne l'a pas fait valoir. Est-ce vraiment ce que Paul voulait dire ? Ou affirmait-il plutôt que Jésus n'a pas voulu suivre le Diable dans sa rébellion contre Dieu en cherchant à se faire de force l'égal du Créateur ?

Si la première explication est la bonne, cela fait de Jésus l'égal de Dieu, sans l'ombre d'un doute. Si c'est la seconde leçon qu'il faut retenir, cela signifie que Jésus est inférieur à Dieu et que jamais, au grand jamais il n'a cherché à usurper Sa position supérieur.

EXAMINONS LE CONTEXTE

Dans quelle circonstance Paul a-t-il prononcé ces paroles ? Quelle leçon voulait-il faire passer ? Regardons le contexte immédiat en utilisant la Bible Martin 1744 qui penche pour une égalité entre Dieu et Jésus.

Versets 3 et 4 : " Que rien ne se fasse par un esprit de dispute, ou par vaine gloire ; mais que par humilité de coeur l’un estime l'autre plus excellent que soi-même. Ne regardez point chacun, à votre intérêt particulier, mais [que chacun ait égard] aussi à ce qui concerne les autres. "

Paul invite ses frères à l'humilité, pour que cesse les disputes et que personne ne cherche sa propre gloire. Il invite chacun à ' estimer l'autre plus excellent que soi-même. ' Et pour que ses conseils aient du poid, Paul va prendre Jésus en exemple en invitant ses frères à imiter leur Maître. Il dit : " Qu'il y ait donc en vous un même sentiment qui a été en Jésus-Christ. Lequel étant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une usurpation d'être égal à Dieu. "

Où l'humilité de Jésus transparait-elle dans ces mots de Paul ? En réalité, nulle part. Ce que dit Paul (si l'on traduit ainsi) c'est que Jésus a estimé normal d'étre l'égal de Dieu. Loin d'estimer Dieu plus excellent que lui, il le considère comme son égal. En clair, Paul semble utiliser là une argumentation qui est franchement à l'opposée de son discours sur l'humilité. Pouvez-vous croire que Paul puisse inviter ses lecteurs à imiter Jésus en leur recommandant de faire comme lui, de se considérer comme les égaux de Dieu, en estimant cela tout à fait normal? Il y a manifestement quelque chose qui cloche dans cette interprétation...

Pour en avoir le coeur net, utilisons la leçon inverse, celle qui dit que Jésus n'a surtout pas voulu se faire l'égal de Dieu. Discernez-vous la puissance que prend soudain le discours de Paul ? Jésus, bien qu'étant en forme de Dieu, reste humble et n'estime pas légitime de vouloir se faire l'égal de Dieu. En cela, sa conduite est à l'opposée de celle du Diable qui n'a pas hésité à se faire lui-même dieu [et même Dieu avec une majuscule si l'on veut rester fidèle au texte grec de 2Corinthiens 4:4 et à l'usage couramment admis : car le texte contient l'article défini, soit ho théos].

En résumé, le discours de Paul, appuyé par l'excellent exemple laissé par Jésus est celui-ci : Ayez la même attitude mentale que Christ en restant humbles, en ne recherchant pas votre intérêt égoïste et en rejetant l'ambition malsaine.

Regardons ce que Paul dit ensuite, versets 7 à 11 : " Cependant il s'est anéanti lui-même, ayant pris la forme de serviteur, fait à la ressemblance des hommes [en devenant semblable aux hommes, Segond] ; Et étant trouvé en figure comme un homme, il s'est abaissé lui-même, et a été obéissant jusques à la mort, à la mort même de la croix. C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné un Nom, qui est au-dessus de tout Nom ; Afin qu'au Nom de Jésus tout genou se ploie, tant de ceux qui sont aux cieux, que de ceux qui sont en la terre, et au-dessous de la terre, Et que toute Langue confesse que Jésus-Christ est le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. "

Paul explique que Jésus était " en forme de Dieu ", avant de devenir " semblable aux hommes. " Remarquez au passage l'expression utilisée par la Bible de Jérusalem. Au lieu de " en forme de Dieu ", elle dit " de condition divine ". Cela ne vous rappelle-t-il pas la manière dont une Bible allemande rendait Jean 1:1? Elle disait : " et de condition divine était le Logos ", au lieu du très traditionnel " La Parole était Dieu." (Das Evangelium nach Johannes, par J. Schneider. - Berlin).

Paul dit aussi que Dieu " a souverainement élevé " Jésus, en lui donnant un nom " qui est au-dessus de tout Nom. " Pour que Dieu agisse ainsi, il était nécessaire que Jésus soit — au moins pour un temps — inférieur à Lui. Jésus ne s'attribue en effet pas lui-même ce Nom ni cette position supérieure (comparez avec Matthieu 28:18 où Jésus dit : " Tout pouvoir m'a été donné dans le ciel et sur la terre. ").

Ce Nom que reçoit Jésus est " au-dessus de tout Nom. " Qu'est-ce que cela signifie? Ce Nom n'est certainement pas au dessus du Nom de Dieu. Mais d'autre part, si Jésus est le Dieu Tout-puissant, il a depuis toujours un Nom supérieur à tout Nom. Comment donc peut-il recevoir un Nom encore supérieur à celui qu'il possède déjà depuis toute éternité? Il y a là quelque chose qui m'échappe...

A moins que Jésus ait été subordonné à Dieu depuis toujours. Sa mission sur terre accomplie, Jésus reçoit alors de son Dieu et Père un Nom supérieur et une position supérieure à ceux qu'il possédait avant de venir sur terre. Cela semble plus logique, mais mon explication ne va pas plaire à tout le monde...


Quoi qu'il en soit Paul ajoute : " Afin qu'au Nom de Jésus tout genou se ploie, tant de ceux qui sont aux cieux, que de ceux qui sont en la terre, et au-dessous de la terre. "

La note de la Bible Annotée Neuchâtel dit que Paul cite ici Esaïe 45.23,24 et ajoute : " Dans le prophète, c'est Jéhova qui parle, et Paul, dans la conviction que Christ est "égal à Dieu," n'hésite pas à lui attribuer la souveraine puissance et l'adoration que Jéhova réclamait pour lui-même. Mais la confession que Jésus-Christ est le Seigneur est à la gloire de Dieu le Père, parce que Dieu, ses perfections, tout son Etre, a été manifesté en Christ et par son œuvre. "

En Romains 14:10 et 11 Paul cite Esaïe 45.23,24 en l'appliquant à Dieu. Mais il indique aussi clairement qu'il cite le prophète en disant : " Car il est écrit..." On regrette qu'il n'ait pas fait de même dans sa lettre aux Philippiens. Car, en vérité, on ne saurait dire si tout genou plient devant Jésus en signe d'adoration ou uniquement en signe de respect pour la position supérieure à laquelle Dieu l'a élevé.

Comparons avec ces paroles de Jésus contenues en Jean 5:22 et 23 : " Le Père ne juge personne, mais il a remis tout jugement au Fils, afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n'honore pas le Fils n'honore pas le Père qui l'a envoyé. " Notons que Jésus dit " honorent " et non adorent le Fils comme le Père. La différence est de taille car selon les Ecritures seul Dieu peut être adoré (Matthieu 4:10).

En Philippiens 2:11, l'honneur qui est rendu à Jésus l'est " à la gloire de Dieu le Père. " Ce n'est pas un détail sans importance; car le but ultime de tout ce à quoi Jésus a consenti et que Paul décrit dans ces quelques versets est la glorification de Dieu, le Père. C'est lui, au final, qui reçoit tous les honneurs (comparez avec 1Corinthiens 15:28).

Certains traducteurs de la chrétienté ont peut-être vu là une trop grande glorification du Père au détriment du Fils. Cela expliquerait pourquoi la Bible de l'épée rend Philippiens 2:11 comme ceci : " Et que toute langue confesse que Jésus-Christ est l'Éternel de gloire et Dieu le Père. " Voila une " traduction " bien surprenante au regard de la leçon de la Bible Crampon — " que toute langue confesse, à la gloire de Dieu le Père, que Jésus-Christ est Seigneur " — ou même de la TOB — " que toute langue confesse que le Seigneur, c'est Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père."

La Bible de l'épée précise d'ailleurs en note : " Nous avisons le lecteur que les mots en italiques ne se trouvent point dans les Originaux, mais sont suggéré par le contexte ou les règles de grammaire, ou furent ajouté soit pour éclaircir le sens de la phrase où ils apparaissent, soit pour préciser l'enseignement donné. " C'est bien de le préciser, car le verbe être — Jésus-Christ est l'Éternel de gloire et Dieu, le Père — change complètement le sens de la phrase et, qui plus est, s'oppose au texte grec. Bien entendu, celui qui passe à côté de la note retiendra cet 'éclaircissement' concernant Jésus : il est l'Éternel de gloire et Dieu, le Père.

QUE DIT LE TEXTE GREC ?

Alors finalement, que faut-il penser ? Que Jésus était l'égal de Dieu ? Qu'il aurait pu apparaître aux hommes dans toute la majesté de sa gloire divine, mais qu'il a préféré ne pas le faire ? Ou plutôt qu'il n'a jamais cherché à se faire l'égal de Dieu en s'emparant d'une position qui ne lui appartenait pas? Est-il possible de savoir ce que Paul voulait réellement dire ? Oui. Mais à condition de se laisser guider uniquement par le texte grec.

Dans un article traitant de Philippiens 2:6-11 et destiné à défendre la doctrine de la Trinité, André Feuillet écrit : " La traduction de la Bible de Jérusalem : le Christ ‘ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu’ est, elle aussi, sujette à caution. Elle attribue, en effet, au substantif harpagmos une acception qu’il est assez difficile de justifier. Le verbe harpazein veut dire ‘saisir violemment’, ‘s’emparer’ d’une chose qu’on ne possède pas encore. (...) Aujourd’hui la grande majorité des commentateurs entendent harpagmos au sens de ‘butin’ ou de ‘proie’ à conquérir ." (Esprit et Vie, 17 décembre 1970, page 739).

Dans le même ordre d’idées, le commentaire de la Bible de Pirot et Clamer, importante traduction catholique, sur Philippiens 2:6, fait cet aveu : " Plusieurs modernes, Baur, Deissmann, Holtzmann, Loisy, Sabatier, (...) présentent l’égalité avec Dieu comme une ambition dont le Christ aurait eu ou aurait pu avoir la pensée, à la manière des éons gnostiques, et dont il se défendit ." — Tome XII, page 88.

" On ne trouve aucun passage où [harpazô] ou l’un quelconque de ses dérivés [y compris harpagmon] ait le sens de ‘garder’ ou de ‘retenir’. Il semble que ce verbe signifie invariablement ‘ravir, s’emparer de’. Il n’est donc pas possible de passer du sens premier, ‘saisir’, à l’idée totalement différente de ‘garder’ ." — The Expositor’s Greek Testament (Grand Rapids, 1967) de W. Robertson Nicoll, tome III, pp. 436, 437.

Le passage de Philippiens 2:6, traduit correctement, montre donc que le Fils, bien qu’il fût en forme de Dieu, n'était pas son égal. Certes, il aurait pu songer à usurper la position de Dieu, pour devenir son égal, mais il na pas eu cette ambition. Ce bel exemple d'humilité du Fils de Dieu est mis en avant par l'apôtre Paul, qui nous invite à l'imiter.

CONCLUSION

Est-il possible, bibliquement parlant, de voir en Jésus une personne possédant la " condition divine " (Jérusalem, BFC) ou la " nature divine " (Liénart) sans qu'elle soit le Dieu Tout-puissant ? Oui.

Ernst Haenchen [que j'ai déjà cité dans l'étude Définition du monothéisme biblique] fait cette remarque: " Il était tout à fait possible dans le monothéisme juif ou chrétien de parler d’êtres divins existant aux côtés de Dieu et subordonnés à Dieu, mais sans être identiques à lui. Phil. 2:6-10 le prouve. Dans ce texte, Paul ne fait que décrire un tel être divin qui allait devenir plus tard un homme en la personne de Jésus Christ (...). Par conséquent, tant dans Philippiens que dans Jean 1:1 il ne s’agit pas d’une question de relation dialectique entre deux personnes en une, mais de l’union de deux personnes distinctes ." (Das Johannesevangelium. Ein Kommentar, pages 109, 110).

J. Schneider, docteur en théologie à Berlin, écrit : " Jésus Christ n’usurpe pas la place de Dieu. Son unité avec le Père ne signifie pas qu’ils forment ensemble un seul et même être. Bien que dans sa vie préhumaine, le Fils existât en forme de Dieu, il résista à la tentation de devenir son égal (Phil. 2:6). (...) Il est en communion parfaite avec Dieu, mais il lui reste subordonné ." — Theologisches Begriffslexikon zum Neuen Testament, 1965, Vol. 2, p. 606.

Ce qui précède montre à l’évidence que les auteurs de certaines traductions prennent d'incroyables libertés avec le texte pour faire valoir leurs vues trinitaires. Mais, loin de suggérer que Jésus jugeait convenable de se faire égal à Dieu, le texte grec de Philippiens 2:6, lorsqu’on le lit d’un œil objectif (en tenant compte du contexte), affirme exactement le contraire: Jésus ne pensait pas que ce fût convenable.

Par conséquent, Philippiens 2:5 et 6 ne prouvent pas le dogme de la Trinité. Au contraire, il présente Jésus comme refusant jusqu'à l'idée d'être l'égal de Dieu. Voila qui semble bien en opposition directe avec le dogme trinitaire.

Publié dans La Trinité

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BOB 14/04/2017 11:03

Cet Esprit Saint justement dans le NT il est tantôt l'Esprit de Dieu, tantôt l'Esprit de Jésus-Christ , ainsi dans ce passage :

Romains 8:9
Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l'esprit, si du moins l'Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas.

Paul le décline indifféremment et à d'autres reprises comme l'Esprit de Dieu ou l'Esprit de Jésus-Christ, il y a aussi cette notion d'appartenance de laquelle découle ou non pour nous d'être au bénéfice de l'Œuvre de Jésus-Christ , c'est Jésus qui déclare : QUE celui qui n'a pas le Fils n'a pas le Père et non l'inverse , ainsi pour avoir le Père c'est à dire Dieu il nous faut d'abord avoir le Fils "car nul ne peut venir au Père que par Lui " et nul ne peut le connaitre que par Lui "car c'est Lui qui le révèle" , c'est par Jésus (qui EST la Résurrection et la Vie ) que la vie éternelle nous est communiquée , quelle créature aussi glorieuse soit-elle peut donc ainsi disposer de Dieu au point de déclarer : "Tout ce que le Père a (tout ce qu'Il possède) est à moi" ?
Il va de soit que dans ce simple "a" sont aussi contenus tous les attributs divins .

Dans ce passage de Jean nous lisons par ailleurs:

"Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu, et qu'il nous a donné l'intelligence pour connaître le Véritable; et nous sommes dans le Véritable, en son Fils Jésus-Christ. C'est lui qui est le Dieu véritable, et la vie éternelle."

Nous savons que le texte grec ne contient aucune ponctuation et par là que ce "c'est lui qui est le Dieu Véritable " peut directement être attaché a Jésus-Christ qui est aussi la Vie Eternelle puisqu'ailleurs Il proclame "je suis le chemin , la vérité et la Vie" et encore ailleurs " En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'avez point la vie en vous-mêmes..."

Nous avons vu aussi que ce même passage de Jean appelle Dieu le Véritable , que nous sommes dans le Véritable "en Jésus-Christ" , or voici comment Jésus se présente dans la Lettre au Sept Eglise du Livre de L'Apocalypse:

Apocalypse 3:7,14

Ecris à l'ange de l'Eglise de Philadelphie: Voici ce que dit le Saint, le Véritable, celui qui a la clef de David, celui qui ouvre, et personne ne fermera, celui qui ferme, et personne n'ouvrira:…

Ou encore:

11Puis je vis le Ciel ouvert, et voici un cheval blanc ; et celui qui était monté dessus était appelé FIDÈLE et VÉRITABLE, qui juge et combat justement. 12Et ses yeux étaient comme une flamme de feu; il y avait sur sa tête plusieurs diadèmes, et il portait un nom écrit que nul n'a connu, que lui seul. 13Il était vêtu d'une robe teinte dans le sang, et son nom s'appelle LA PAROLE DE DIEU.

bleu_lagon 18/04/2017 02:49

Bonjour Bob.

Jésus a effectivement dit : "Toutes les choses que le Père a, sont à moi." (Jean 16:15) Verset a rapproché de ceux-ci : "Toutes choses m’ont été remises par mon Père." "Le Père aime le Fils et a donné toutes choses en sa main." (Matthieu 11:27 et Jean 3:35). Ce que le Fils possède (attribut divin, privilèges, fonctions et divers pouvoirs) il le doit à son Père qui lui a 'remis', 'donné' ces choses. Avant cela, il ne les possédait pas. Le Père, Lui, n'a jamais rien reçu de personne car Il possède tout depuis toujours. La nuance n'est pas anecdotique.

Cela est également vrai de l'esprit saint, cette force agissante que possède le Père (voir mon étude L'esprit saint est-il une personne ?). Jésus a dit à ses disciples, peu avant sa mort : " Quand arrivera l’assistant que je vous enverrai de la part du Père, l’esprit de la vérité, qui provient du Père, celui-là témoignera à mon sujet." " Il est de votre intérêt que je m’en aille. Car si je ne m’en vais pas, non l’assistant ne viendra pas vers vous, mais si je m’en vais, je vous l’enverrai." (Jean 15:26 ; 16:7. L'esprit saint provient du Père, de Jéhovah. Pour pouvoir utiliser cette force, le Fils doit d'abord la demander au Père.

De fait, ces paroles de Jésus se sont réalisées à la Pentecôte. Pour expliquer l'effusion de l'esprit saint sur les 120 disciples, Pierre déclara : "Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; (...) Ainsi donc, parce qu’il a été élevé à la droite de Dieu et a reçu du Père l’esprit saint promis, il a répandu ceci que vous voyez et entendez. (Actes 2:32, 33). Jésus résuscité a envoyé à ses disciples l'esprit saint, de la part du Père, après l'avoir reçu de Lui. Partie intégrante de la Divinité, il n'aurait surement pas à passer par le Père pour user de cette force.

Jésus a déclaré également, après sa résurrection : "Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre." (Matthieu 28:18). Dieu à part entière, il n'aurait pas à recevoir quoi que ce soit de quiconque. Par ces mots, Jésus révèle là encore qu'il a reçu de son Père plus que ce qu'il possédait avant.

Pour ce qui est de 1Jean 5:21, 22, voir mon étude sur ces versets. En Apocalypse (Révélation) 3:7 et 14, le qualificatif "véritable" a le sens que lui donne l'exégèse des uns et des autres. La majuscule n'existe pas en grec. Les traducteurs qui l'utilisent ont à coeur de désigner Jésus comme Le Véritable, faisant de ce qualificatif un titre et pas seulement une qualité. La Bible Annotée Neuchâtel (qui met une majuscule à "véritable" au verset 7 mais pas au verset 14) explique : "On a aussi expliqué ces noms de Jésus [le Saint, le Véritable] comme certifiant sa qualité de Messie, contestée par les Juifs : il est le véritable, l'authentique Messie ; il l'est, parce qu'il est le saint. Sa sainteté est donnée de même comme preuve de sa messianité dans Actes 3.14 ; 4.27,30 ; 7.52." Vu sous cet aspect, le mot "véritable" n'est pas un titre mais seulement un qualificatif. La Bible en français courant traduit : "Voici ce que déclare celui qui est saint et véritable " (3:7); "le témoin fidèle et véritable" (3:14). Pas de titres ici. De fait, une autre traduction possible est "véridique". Par conséquent, relier 1Jean 5:21, 22 à Révélation 3:7 et 14 n'est qu'une exégèse orientée "trinitaire". Mais cette interprétation ne repose pas sur une argumentation véritablement incontestable.

Il n'est pas non plus inutile de rappeler que ce n'est pas parce que deux personnes portent le même nom, le même titre ou ont un même pouvoir qu'elles sont automatiquement égales en toutes choses. Autrement, Neboukadretsar et Jésus sont bel et bien égaux, étant tout les deux "rois des rois" (Ezékiel 26:7 ; Révélation 17:14).

Cordialement, bleu_lagon.

Thomas 10/02/2015 14:48

Beaucoup de phrases pour défendre votre point de vue. Pourtant il y a un raisonnement beaucoup plus simple :
La Bible dit que Jéhovah est Dieu
La Bible dit que Jésus est Dieu (Isaïe 9:6 pour ne citer que lui)
Donc partant de là, Jésus qu'est-ce que Jésus aurait pu usurper à son Père ? Sa qualité divine ? Non Sa position supérieure ? Oui !!

Et le mieux dans tout cela est que cela ne contredit pas la doctrine de la Trinité, qui ne remet pas en cause la position supérieure du Père sur le Fils.

Donc quand vous écrivez :
"Par conséquent, Philippiens 2:5 et 6 ne prouvent pas le dogme de la Trinité. Au contraire, il présente Jésus comme refusant jusqu'à l'idée d'être l'égal de Dieu. Voila qui semble bien en opposition directe avec le dogme trinitaire."

Vous faites bien de préciser "qui semble". Vous avouez donc à demi-mots vos lacunes sur la Trinité, qui ne remet pas en cause la soumission du Fils envers le Père, sachez-le. La Trinité ne concerne que la NATURE DIVINE.

Pour la théologie chrétienne, les trois personnes, ou hypostases, qui constituent le Dieu unique sous forme de Trinité sont divines. Cette essence qui leur est commune est désignée par le terme de consubstantialité ou, en grec, homoousia. - Wikipédia

bleu_lagon 28/03/2015 01:17

Ni consubstantialité ni homoousia ne figurent dans la Bible. Ces termes empruntés à la philosophie grecque n'ont rien à faire dans le véritable christianisme (Colossiens 2:8).

La chrétienté tente de nous faire avaler qu'un Dieu unique peut être composé de trois personnes égales en sagesse, en ancienneté et en puissance mais pas en autorité, c'est ça ? Le Fils, qui est Dieu, est soumis au Père, qui est Dieu aussi ? Et l'esprit saint, il se situe où dans cette hiérarchie ? A qui est-il soumis ? Au Père seul ? Au Fils ? Au deux ? A personne ?

Qu'est-ce que ce dogme ridicule rend obscure la vérité toute simple de la Parole de Dieu !