Matthieu 1:22 - Emmanuel

Publié le par bleu_lagon

Isaïe 7:14 dit : " Voyez ! La jeune fille deviendra bel et bien enceinte, et elle met au monde un fils, et, à coup sûr, elle l’appellera du nom d’Emmanuel. "

En hébreu, ce nom se lit ‛Immanou ’Él et signifie " Avec nous est Dieu. " Matthieu, l'évangéliste, appliquera cette prophétie à Jésus en Matthieu 1:22.

De cette signification du nom Emmanuel — Avec nous est Dieu — les défenseurs de la Trinité y voient une confirmation que Jésus était ' Dieu fait chair.'

Ce rapprochement est tentant... mais il ne repose pas vraiment sur une base solide. Voici pourquoi :

LES NOMS HÉBREUX

Les Juifs avaient coutume d’inclure les mots " Dieu " et même " Jéhovah " dans les noms propres. Élihou, dont il est question dans le livre biblique de Job, signifie " Mon Dieu est lui. " Pourtant, les contemporains de ce personnage n'en ont pas concluent qu'il était Dieu (Job 32:1, 2.)

Considérez pareillement les noms suivants et leur signification : Yizrahia = Yah (diminutif de Jéhovah) se lève (Nehémia 12:42) ; Yehoram = Jéhovah est élevé (2Rois 1:17) ; Yehoshaphat = Jéhovah est juge (1Rois 22:42) ; Yehoshéba = Jéhovah est abondance (nom de la femme du grand-prêtre Yehoïada, 2Rois 11:2) ; Yehoshoua = Jéhovah est salut (Nombres 13:16). Les exemples sont nombreux.

Par conséquent, le nom Emmanuel — qui signifie Avec nous est Dieu — n'identifie pas nécessairement celui qui le porte à Dieu, Jéhovah.

ACCOMPLISSEMENT AUX JOURS D'ACHAZ

Ce nom — Emmanuel — ne fut pas porté uniquement par Jésus. Un autre personnage reçut prophétiquement ce nom aux jours d'Isaïe. Un petit retour en arrière s'impose.

A cette époque-là, la nation juive était divisée en deux royaumes. Il y avait d'un côté le royaume des dix tribus d’Israël, avec à leur tête le roi Pékach, et de l'autre deux tribus commandées par Achaz, royaume connu sous le nom de royaume de Juda.

Pékach, roi des dix tribus d'Israël, s'allia avec Retsin, roi de Syrie, dans le but de destituer Achaz, roi de Juda. A la place d'Achaz, Pékach et Retsin souhaitaient introniser un autre roi, le fils de Tabéel, un homme qui leur était acquis et dont ils feraient un roi fantoche.

Quelle fut la réaction du roi Achaz devant cette menace? Son peuple et lui commencèrent à frémir de peur. Dieu adressa donc à Achaz des paroles encourageantes pour le dissuader de rechercher un appui auprès du roi d’Assyrie, le chef de la puissance mondiale qui se levait alors, en concluant une alliance avec lui. Il envoya son prophète Isaïe à la rencontre d’Achaz en le chargeant de ce message, consigné en Isaïe 7:4-9 (Segond) :

" Et dis-lui: Sois tranquille, ne crains rien, Et que ton coeur ne s'alarme pas, Devant ces deux bouts de tisons fumants, Devant la colère de Retsin et de la Syrie, et du fils de Remalia [Pékach], De ce que la Syrie médite du mal contre toi, De ce qu'Éphraïm et le fils de Remalia disent: Montons contre Juda, assiégeons la ville, Et battons-la en brèche, Et proclamons-y pour roi le fils de Tabeel. Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel: Cela n'arrivera pas, cela n'aura pas lieu. Car Damas est la tête de la Syrie, Et Retsin est la tête de Damas. (Encore soixante-cinq ans, Éphraïm ne sera plus un peuple.) La Samarie est la tête d'Éphraïm, Et le fils de Remalia est la tête de la Samarie. Si vous ne croyez pas, Vous ne subsisterez pas."

Dieu annonçait ainsi l’échec des conspirateurs. S’adressant au roi Achaz, Jéhovah l’engagea à demander le signe miraculeux qu’il voulait; celui-ci lui serait accordé comme la garantie absolue que Dieu allait briser la conspiration ourdie contre la maison de David. Mais Achaz s’y refusa. Que se passa-t-il alors? Isaïe 7:14 à 16 nous dit :

" C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, Et elle lui donnera le nom d'Emmanuel. Il mangera de la crème et du miel, Jusqu'à ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien. Mais avant que l'enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, Le pays dont tu crains les deux rois sera abandonné."

Comme Emmanuel et les deux autres fils d’Isaïe devaient servir de signes, le prophète ajoute en Ésaïe 8:18: "Voici, moi et les enfants que l'Éternel m'a donnés, Nous sommes des signes et des présages en Israël, De la part de l'Éternel des armées, Qui habite sur la montagne de Sion."

Ainsi, la naissance d’Emmanuel était le signe certain que tous les conspirateurs et leurs machinations tramées contre l’alliance divine pour le Royaume et contre l’Héritier de cette alliance seraient réduits à néant (Voir 2Samuel 7:11, 16).

Le récit biblique ne dit pas qui a donné naissance au fils appelé Emmanuel. Il a pu s’agir d’une jeune fille juive qui devint la seconde femme du prophète Isaïe. Quoi qu’il en soit, selon la prophétie, le garçon ne saurait pas encore discerner le bien du mal que les deux rois conjurés contre la maison de David connaîtraient une fin désastreuse (Ésaïe 7:15, 16). Cette parole se vérifia. Si l’identité de l’Emmanuel du temps d’Isaïe est pour nous incertaine, c’est peut-être afin que l’attention des générations futures ne soit pas détournée du Grand Emmanuel, qui devait apparaître comme un signe miraculeux venant du ciel.

Une conclusion s'impose au vu de cette prophétie et de son premier accomplissement : le fils appelé Emmanuel au temps d'Isaïe n'était certainement pas Dieu lui même. Son nom ne faisait pas de lui le Dieu Trés-Haut. Par contre, il était une assurance que Dieu lui-même s'occupait de cette affaire ou, pour reprendre la signification du nom Emmanuel, qu'Il était avec la maison de David (et d'Achaz).

Le fait que Jésus porte lui aussi ce nom — Emmanuel — ne fait donc pas nécessairement de lui le Dieu Trés-Haut. Du reste, beaucoup de gens portent aujourd'hui ce nom. Cela signifie-t-il qu'ils sont Dieu ? Certainement pas.

UN NOM APPROPRIÉ POUR LE MESSIE

Il peut sembler y avoir contradiction entre les instructions de l’ange à Marie (" tu devras l’appeler du nom de Jésus ") et celles de la prophétie d’Isaïe (" elle l’appellera du nom d’Emmanuel "). Cependant, il faut se rappeler que le Messie devait recevoir d’autres noms encore (Luc 1:31 ; Isaïe 7:14). Ainsi, Isaïe 9:6 dit à son sujet : " On l’appellera du nom de Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père éternel, Prince de paix. " Pourtant, aucun de ces noms ne fut donné au premier-né de Marie comme nom propre, ni lorsqu’il était nourrisson ni après qu’il entreprit son ministère. Il s’agissait plutôt de noms-titres prophétiques qui serviraient à identifier Messie.

Jésus fit honneur en tous points à la signification de chacun de ces noms, et c’est en ce sens qu’ils furent prophétiquement donnés, pour décrire ses qualités et les bons offices qu’il offrirait en faveur de ceux qui l’accepteraient comme Messie. Il en est de même de son titre Emmanuel. Jésus se montra à la hauteur de ce titre et il en accomplit le sens.

Les adorateurs de Jéhovah ont toujours désiré qu’il soit avec eux, à leur côté, pour les soutenir dans leurs entreprises, et souvent Dieu leur confirme qu’il l’est, parfois en leur accordant à cette fin des signes visibles (Genèse 28:10-20 ; Exode 3:12 ; Josué 1:5, 9 ; 5:13–6:2 ; Psaumes 46:5-7 ; Jérémie 1:19). Le nom-titre Emmanuel convenait donc particulièrement au Christ, car sa présence constituait assurément un signe du ciel, un signe que Jéhovah n’avait pas abandonné l’humanité ni renoncé à son alliance concernant un royaume donné à l'héritier légitime du trône de David (Luc 1:32 ; 2Samuel 7:12 ; Isaïe 9:6, 7).

CONCLUSION

À propos de Isaïe 7:14 ou 9:6, The Catholic Encyclopedia admet: "Malgré toute la grandeur de ces titres, les Juifs n’en ont pas inféré que le Sauveur à venir serait Dieu en personne."

Quant à nous, sommes-nous plus autorisés qu’eux à en tirer une telle conclusion ?

Résumant les arguments puisés dans l’Ancien Testament pour prouver la Trinité, la Cyclopædia de M’Clintock et Strong, ouvrage protestant, conclut: "Il ressort qu’aucun des passages de l’Ancien Test[ament] cités à l’appui de la Trinité n’est probant (...). L’Ancien Test[ament] ne nous fournit pas de témoignage clair ou marqué sur cette question."

Non, Isaïe 7:14 et Matthieu 1:22 ne prouve pas la Trinité.

 

 

Publié dans La Trinité

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