Jean 8:58 et Exode 3:14 (seconde partie)

Publié le par bleu_lagon

Selon les partisants de la Trinité, Jésus s'attribue en Jean 8:58 un titre — " je suis " — qui revient à Jéhovah en Exode 3:14. Nous avons vu que la traduction " je suis " en Jean 8:58 est déjà une interprétation sujette à caution. Mais qu'en est-il de Exode 3:14 ? Dieu porte-t-il vraiment le titre " je suis " dans ce passage?

Voyons ce verset dans les mêmes traductions que précédemment :

Elohîms dit à Moshè: « Èhiè ashèr èhiè ! Je serai qui je serai » Il dit: « Ainsi diras-tu aux Benéi Israël: ‹ Je serai, Èhiè, m’a envoyé vers vous ›. » (Chouraqui)

JE SUIS CELUI QUI SUIS. Et il dit : Tu diras ainsi aux fils d’Israël : JE SUIS m’a envoyé vers vous. (Darby)

JE SUIS CELUI QUI SUIS. Puis il dit: Tu diras ainsi aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle JE SUIS, m'a envoyé vers vous. (Ostervald)

Je suis celui qui suis. Et il ajouta: C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle 'je suis' m'a envoyé vers vous. (Segond 1910)

JE SUIS CELUI QUI SUIS. Il dit aussi : tu diras ainsi aux enfants d'Israël : [celui qui s'appelle] JE SUIS, m'a envoyé vers vous. (Martin 1744)

Je suis Celui qui suis. Puis il dit : Tu parleras ainsi aux fils d'Israël :
JE SUIS m'a envoyé vers vous. (Annotée Neuchâtel)

Je suis celui qui est. Et il dit : « Voici ce que tu diras aux Israëlites : " Je suis " m'a envoyé vers vous.» (Jérusalem)

JE SUIS CELUI QUI SUIS. Et il dit : Tu diras ainsi aux fils d’Israël : JE SUIS m’a envoyé vers vous. (Darby)

Je suis celui qui est. Puis il ajouta: Voici ce que tu diras aux Israélites: Je suis m'a envoyé vers vous. (Semeur)

JE SUIS QUI JE SERAI. Il dit : Tu parleras ainsi aux fils d'Israël : JE SUIS m'a envoyé vers vous. (TOB)

"Je suis celui qui suis" Et il ajouta: "C'est ainsi, que tu répondras aux enfants d'Israël: Celui qui est m'envoie vers vous." (Crampon)

«JE SUIS QUI JE SUIS». Voici donc ce que tu diras aux Israélites : «JE SUIS m'a envoyé vers vous ». [Note : autres traductions «JE SUIS QUI JE SERAI», c'est-à-dire «Je suis là, avec vous, de la manière que vous verrez» ; ou «JE SUIS CELUI QUI EST»] (BFC)

« Je suis celui qui suis. Tu parleras ainsi aux fils d'Israël :'Celui qui m'a envoyé vers vous, c'est : JE-SUIS.' » (Bible de la liturgie)

JE SUIS CELUI QUI SUIS. Puis il dit: Tu diras ainsi aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle JE SUIS, m'a envoyé vers vous. (Bible de l'épée)

JE SUIS CELUI QUI SUIS. Et il dit: Tu diras ainsi aux enfants d’Israël: JE SUIS m’a envoyé vers vous. (King James version)

Et comment la Traduction du monde nouveau rend-elle ce verset? Ainsi : " " JE SERAI CE QUE JE SERAI. " Et il ajouta : " Voici ce que tu diras aux fils d’Israël : ‘ JE SERAI m’a envoyé vers vous. ’ "

Seule la traduction de Chouraqui correspond à celle des Témoins de Jéhovah. La BFC reconnait aussi en note que la leçon «JE SUIS QUI JE SERAI» (proche de celle des TdeJ) est possible. Mais cette traduction soulève une véritable haie de boucliers.

DES CRITIQUES À CONSIDÉRER AVEC DU RECUL


La première de ces critiques se trouve sur le site unpoisonndansle.net. : " C’est un non-sens gratuit de prétendre que le nom de Dieu signifie : « Je me révélerai être ce que je me révélerai être. » Une telle absurdité ne peut tromper que ceux qui n’ont aucune connaissance de l’hébreu."

Les auteurs de cette affirmation péremptoire ignorent-ils donc qui était André Chouraqui? C'était un juif dont la connaissance de l'hébreu biblique et l'érudition ne sont plus à prouver. Prétendre qu'il a traduit Exode 3:14 comme il l'a fait, parce qu'il n'avait aucune connaissance de l'hébreu, serait une belle absurdité !

Voici une autre critique que l'on trouve sur la leçon retenue par les TdeJ ou A. Chouraqui :

" La traduction 'je serai ce que je serai' est grave de conséquences théologiques. Dieu n'est plus immuable, il évolue. Si il évolue il n'est pas parfait. Car soit il était parfait et en évoluant il ne peut devenir que moins parfait (car on ne peut devenir plus que parfait) soit il était imparfait et évolue vers la perfection qu'il n'a dès lors peut-être pas encore atteinte. Cela signifierait également que Dieu n'est pas éternel car ce qui est éternel n'évolue pas puisque hors du temps. "

Cette critique est-elle justifiée ? L'expression " JE SERAI CE QUE JE SERAI. " sous-entend-elle réellement que Dieu évolue ?

Un ouvrage publié par J. Hertz explique que "dans l’expression Je suis celui qui suis (...) l’accent est mis sur la manifestation active de l’existence de Dieu". Cette phrase pouvait donc parfaitement servir de titre ou de nom à Dieu, qui était sur le point de se révéler à son peuple d’une façon extraordinaire, en le délivrant de l’esclavage en Égypte. J. Hertz ajoute que "beaucoup suivent aujourd’hui Rashi [célèbre exégète biblique et talmudique français du Moyen Âge] en traduisant cette phrase par: Je serai ce que je serai, en d’autres termes, il n’y a pas de mots pour résumer tout ce qu’Il sera pour Son peuple, mais Sa fidélité éternelle et Son immuable miséricorde se manifesteront de plus en plus dans la conduite d’Israël. La réponse que Moïse reçoit dans les termes précités est donc l’équivalent de: ‘Je sauverai de la manière que je sauverai.’ Elle annonce solennellement aux Israélites le fait de la délivrance, mais sans en révéler le mode." (The Pentateuch and Haftorahs, de J. H. Hertz, C. H., Soncino Press, Londres 1950).

C’est ce que confirme aussi la version des Vingt-quatre livres des Saintes Écritures du rabbin Isaac Leeser. Nous citons: "Et Dieu dit à Moïse: JE SERAI CE QUE JE SERAI; et il dit: Tu diras ainsi aux fils d’Israël: "JE SERAI m’a envoyé vers vous."

Quant à la Bible de Rotherham (The Emphasised Bible), elle rend Exode 3:14 de façon peut-être encore plus explicite, comme suit: "Et Dieu dit à Moïse: Je Deviendrai ce qu’il me plaira. Et il dit: Tu parleras ainsi aux fils d’Israël: Je Deviendrai m’a envoyé vers vous." Effectivement, Jéhovah peut devenir tout ce que nécessite la réalisation de ses desseins.

Voici un extrait de la note de The Emphasised Bible sur ce verset: "Hayah [le mot traduit plus haut par ‘devenir’] ne signifie pas ‘être’ en tant qu’essence ou réalité ontologique [qui a rapport à l'ontologie, étude de l'être en tant qu'être], mais en tant que réalité phénoménale (...). Ce qu’il sera reste inexprimé. Il sera avec eux en tant que Dieu qui vient au secours, qui affermit, qui délivre."

En vérité, la personnalité et les normes de Dieu ne changent pas, pas plus qu'il n'évolue. On lit en Jacques 1:17 : " Chez [lui, Dieu] il n'y a ni changement ni ombre de variation ". Par contre, Jéhovah se révèle être, ou choisit de devenir, tout ce que nécessite la réalisation de ses desseins et de ses promesses justes. Par conséquent de nombreux titres et qualificatifs lui sont attribués : Créateur, Père, Souverain Seigneur, Berger, Jéhovah des armées, Celui qui entend la prière, Juge, Grand Instructeur, Racheteur. — Juges 11:27 ; Psaumes 23:1 ; 65:2 ; 73:28 ; 89:26 ; Isaïe 8:13 ; 30:20 ; 40:28 ; 41:14.

Mais comment comprendre que Dieu peut s’adapter aux circonstances changeantes tout en restant le même ?

Pour sasir ce point, prenons l’exemple d’un père et d’une mère attentionnés qui changent de rôle en fonction des besoins de leurs enfants. Au cours d’une même journée, il leur arrive d’être tour à tour cuisinier, ménagère, électricien, infirmière, ami, conseiller, enseignant et bien d’autres choses encore. Ils ne changent pas de personnalité chaque fois qu’ils changent de rôle ; ils s’adaptent simplement aux besoins du moment. Dieu, agit de même sur une bien plus grande échelle. Il peut tout devenir dans le but d’accomplir son dessein et pour le bien de ses créatures. — Romains 11:33.

En agissant ainsi, Jéhovah n'évolue pas d'un état inférieur à un état supérieur, comme le laissait entendre la critique citée plus haut. Il est parfait dès le départ. C'est aux yeux de ses serviteurs qu'il apparait différent selon les circonstances qui se présentent. Ce faisant, Dieu révèle les différentes facettes de sa personnalité aux humains.

QUELQUES PRÉCISIONS SUR LE TEXTE HÉBREU

Comme le souligne A. Chouraqui, en hébreu, la réponse de Dieu fut : ’Èhyèh ’Ashèr ’Èhyèh. ’Èhyèh est une forme du verbe hébreu hayah qui signifie " devenir ", " être ".

L'hébreu biblique n'est pas très facile à traduire. Cette langue possèdent certaines particularités qu'il faut connaître. Les verbes, par exemple, n’ont pas vraiment de temps comparables à ceux du français, mais des notions d’accompli et d’inaccompli bien plus subtiles que celles du parfait et de l’imparfait, et aucun temps équivalant à notre présent. Cette différence fondamentale fait que l'on peut rencontrer dans nos traductions françaises le même verbe hébreu traduit, suivant le contexte et le traducteur, par un futur, un présent ou même un subjonctif ou un conditionnel.

En Exode 3:14, ’Èhyèh est à l'inaccompli, à la première personne du singulier, et il signifie donc " Je deviendrai " ou : " Je serai ". Si le verbe hayah avait été à l'accompli (hayiytyi), nous aurions : « Je suis celui qui est » (qui est la leçon retenue par la Bible de Jérusalem ou Semeur). Mais le verbe hayah n'est pas à l'accompli. Dieu déclare donc : " Je serai ce que je serai." Et nous retrouvons dans cette leçon la même forme du verbe être, répétée deux fois, comme en hébreu.

Si cette forme verbale, ‘Èhyèh (première personne du singulier du verbe hayah à l’inaccompli), apparaît dans un autre verset de la Bible, il serait certainement instructif de lire comment elle a été traduite. Nous n'avons pas a chercher bien loin. Une autre occurrence de la même forme verbale se trouve en Exode 3:12.

Voyez comment elle a été rendue dans la Bible de Jérusalem : A l'objection de Moïse " Qui suis-je pour aller trouver Pharaon et faire sortir d'Égypte les Israélites ? " Dieu répondit : " Je serai avec toi, et voici le signe qui te montrera que c'est moi qui t'ai envoyé. Quand tu feras sortir le peuple d'Égypte, vous servirez Dieu sur cette montagne."

Les versions Annotée Neuchâtel, Darby, Martin 1744, Ostervald, Segond 1910, Bible de l'épée, Bible en français courant, Crampon, King James, Semeur, Chouraqui traduisent toutes Èhyèh par " je serai " en Exode 3:12. Alors que la construction est la même qu'en Exode 3:14, toutes ces Bibles n'utilisent pas le présent mais le futur simple... preuve indirecte, mais bien réelle, que la leçon " je serai " est également possible en Exode 3:14.

Seule la Bible de la liturgie met " Je suis avec toi " tandis que la Traduction Œcuménique de la Bible rend par " JE SUIS avec toi ". On note les capitales d'imprimerie pour souligner que l'expression JE SUIS est un titre (ou non) que Dieu se donne. Cette utilisation des capitales est clairement une interprétation du texte. Cette " traduction " est une forme maquillée d'exégèse qui ne convaincra que celui qui partage les mêmes points de vues doctrinaux que le traducteur...

Relevons également que certains disent que égô éïmi est l’équivalent de l’expression hébraïque ’ani hou’ : " je suis lui ", qui est employée par Dieu. En Deutéronome 32:39 [TMN] Dieu dit en effet : " Voyez maintenant que moi, moi, je suis lui [Héb. : ’ani ’ani hou’]. " Cependant, même cet argument ne tient pas car la même expression hébraïque est aussi utilisée par l’homme. En 1Chroniques 21:17, le roi David dit : " C'est moi [Lit. : " et je [suis] lui ". Héb. : wa’ani-hou’ ; gr. : égô éïmi] qui ai péché et qui ai fait le mal. "

COMPARAISON AVEC LA SEPTANTE

La Septante est une version grecque des Écritures hébraïques réalisée par quelques 70 érudits juifs. Examinons comment ils ont traduit Exode 3:14.

En hébreu : ’Èhyèh ’Ashèr ’Èhyèh.
En grec : Égô éïmi ho ôn, littéralement : Je suis l’Étant ou l'Existant (ôn est le participe présent du verbe être).

Or, à votre avis, dans la phrase, ègô éïmi ho ôn, quels sont les mots qui désignent le Nom que Dieu se donne ? Est-ce ègô éïmi ? Ou est-ce ho ôn?

Si je vous dis : Je suis bleu_lagon. Que comprenez-vous? Que mon nom est je suis, ou qu'il s'agit de bleu_lagon?

Vous avez sûrement compris où je veux en venir. Comme dans l'exemple ci dessus, la logique veut que, dans la phrase Égô éïmi ho ôn, ce n'est pas l'expression égô éïmi qui désigne le nom de Dieu. Ce sont plutôt les mots ho ôn [l’Étant ou l'Existant] qui le font.

Ce fait ressort clairement dans la traduction de la Septante en anglais par Bagster. Voici comment il rend Exode 3:14 : " Et Dieu parla à Moïse et lui dit : [égô éïmi ho ôn] Je suis L'ÊTRE ; et il dit : Tu parleras ainsi aux enfants d'Israël : L'ÊTRE [ho ôn] m'a envoyé vers vous.

Cette confrontation des deux textes grecs, celui de la Septante et celui de Jean 8:58, prouve que les défenseurs de la Trinité ne sont pas fondés quand ils prétendent que dans ce dernier passage Jésus appliquait Exode 3:14 à lui-même, comme s'il était Jéhovah. Si Jésus avait voulu s'identifier à Celui qui parle en Exode, Jésus aurait dit : " Avant qu'Abraham fût, Égô éïmi ho ôn ", ou tout simplement : " ho ôn."

D'ailleurs, lorsque Jésus s'adressa à ces juifs, il leur parla non en grec mais dans l'hébreu de l'époque. La manière dont Jésus exprima Jean 8:58 aux juifs nous est donc présentée par des hébraïsants modernes qui ont traduit le texte grec en hébreu biblique. Comment ont-ils rendu les paroles de Jésus? Comme ceci :

" Avant qu'Abraham fût, j'ai été. " (Version de Franz Delitzsch).

" J'ai été quand il n'y avait pas encore eu d'Abraham. " (Version de Isaac Salkinson et de David Ginsburg).

Pour dire " j'ai été ", les traducteurs de ces deux versions hébraïques emploient deux mots hébreux, un pronon et un verbe, anî hayîthî ; ils ne se servent pas du mot éhyéh. Ils ne cherchent pas à faire croire que dans Jean 8:58, Jésus voulait imiter Jéhovah, voire même donner l'impression qu'il était Jéhovah.

CONCLUSION

En résumé, nous avons vu que égô éïmi (je suis, au présent) peut être rendu par un passé composé quand le contexte l'exige. Or, en Jean 8:58, le verbe éïmi est de toute évidence au présent historique, car Jésus parlait de lui-même par rapport au passé d’Abraham. C’est ce qu’indiquent de nombreuses versions, dont l’American Translation qui rend ainsi le texte : "J’existais avant qu’Abraham soit né."

Nous avons vu qu'en hébreu, en Exode 3:14, Èhyèh est à l'inaccompli, à la première personne du singulier, et qu'il signifie donc " Je deviendrai " ou : " Je serai ". La plupart des traducteurs traduisent ce mot ainsi quand ils le trouvent en Exode 3:12. Si ils adoptent une autre leçon en Exode 3:14, c'est manifestement avec l'arrière pensée de faire concorder ce verset avec celui de Jean 8:58...

Nous avons également noté que dans la version grecque des Septante (souvent citée par les apôtres au premier siècle), Exode 3:14 est rendu par égô éïmi ho ôn, c’est-à-dire "Je suis l’Être", " Je suis L’Étant " ou " Je suis L’Existant ". Pour s'identifier lui-même à Jéhovah, en Jean 8:58, Jésus se serait donc plutôt présenté comme l’Être, L’Étant ou L’Existant [ho ôn] et non comme le JE SUIS [égô éïmi].

Loin de toute interprétation, la Traduction du monde nouveau s'efforce manifestement de rendre le texte hébreu et grec au plus près du sens des mots utilisés par Moïse et par l'apôtre Jean, en restant attachée à la grammaire et en tenant véritablement compte du contexte. Par contre, pour parler franchement, il me semble personnellement évident que la plupart des traducteurs se laissent influencer par leurs propres convictions religieuses, quitte à prendre 'discrètement' certaines libertés avec le texte.

Ma conclusion est que Jean 8:58 ne prouve pas du tout la Trinité. Puisqu'il peut être rendu d'une manière qui ne soutient pas cette doctrine, ce verset ne peut être raisonnablement invoqué pour appuyer ce dogme.

Publié dans La Trinité

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Kamel 21/05/2016 14:25

Excellent article.

Êtes vous unitarien?