Jean 10:30

Publié le par bleu_lagon

  Jean 10:30 se lit ainsi dans toutes les traductions : " Moi et le Père, nous sommes un. "

Et voici le genre de commentaire appuyant la Trinité que l'on trouve sur ce verset :

" Si j'écris en grec : ho phuteuôn kai ho potizôn hen eisin (celui qui plante et celui qui arrose sont un), c'est que je veux que vous sachiez qu'il y a deux personnes dans mon histoire : une qui plante et une qui arrose (1Corinthiens 3:8). Les deux sont évidemment distinctes de par leur rôle. Mais aussi, l'utilisation du qualificatif un (hén), au neutre en grec au lieu du masculin (heis), indiquera une unité de nature : il s'agit donc de deux être partageant la nature humaine.

Si je compare avec Jean.10:30, je lis : egô kai ho patèr hen esmen (moi et le Père sommes un). La formulation est la même : deux personnes distinctes de par leurs rôles (le Père qui envoie et Jésus qui est envoyé) partageant la même nature (hen au lieu de heis). Les deux partagent la même nature et dans ce cas on parle de nature divine donc les deux sont Dieu. "

L'EMPLOI DE HÈN EN 1CORINTHIENS 3:8


Ce commentaire en apparence érudit, qui fait appel au grec pour donner une note très sérieuse à l'argumentation, ne doit cependant pas nous impressionner. Un peu de bon sens suffit à démontrer que cette exégèse (ou interprétation de la Bible) ne tient pas la route. Voyez plutôt.

Remplaçons dans 1Corinthiens 3:8 le mot " un " par son soit-disant équivalent. Nous obtenons ceci : " Celui qui plante et celui qui arrose partagent la même nature humaine." On s'en serait douté, non? Cela tombe même sous le sens, vous ne trouvez pas? Paul vient en effet de dire : Qu’est-ce donc qu’Apollos ? Oui, qu’est-ce que Paul ? Des ministres grâce auxquels vous êtes devenus croyants. " A-t-il alors besoin de préciser qu'ils sont tout deux, Apollos et lui, de nature humaine? Cette "précision" est totalement hors propos, tant elle est superflue. Mais alors, que voulait dire Paul?

En Jean 10:30 et 1 Corinthiens 3:8 le mot " un " traduit le grec hén. C'est le même mot qu'utilisent Jésus et Paul. Comme cela a déjà été dit, ce mot est du genre neutre et il signifie littéralement " une (chose). " (La Bible Martin 1744 traduit d'ailleurs 1Corinthiens 3:8 comme suit : " Tant celui qui plante, que celui qui arrose, ne sont qu'une même chose. ") Ce mot peut aussi signifier " en union. " Dans le contexte des paroles de Paul, ce mot prend alors tout son sens. Celui qui plante et celui qui arrose sont en union, unis dans la coopération, ils travaillent côte à côte pour parvenir au même but, c'est à dire multiplier les croyants.

Jésus a-t-il utilisé la même expression — être un — dans le sens d'être unis pour atteindre les mêmes objectifs? Pour le savoir, il serait bien de chercher si Jésus a utilisé ailleurs le même mot pour voir quel sens il lui a donné. Nous ne chercherons pas longtemps.

L'EMPLOI DE HÈN EN JEAN 17:21,22

Dans le même évangile, 7 chapitre plus loin, Jésus dit ceci dans une prière, au sujet de ses disciples:

" Je prie (...) afin que tous soient un [gr. : hén], comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu'eux aussi soient un [hén] en nous, pour que le monde croie que tu m'as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, afin qu'ils soient un [hén] comme nous sommes un [hén]. " (Jean 17:21, 22)

Que veut dire Jésus ici ? Comment les disciples de Jésus peuvent-ils être " un " comme Dieu et Jésus sont " un " ? Doit-on comprendre, pour reprendre le raisonnement cité dans l'introduction, que tous les disciples de Jésus doivent devenir " un " dans le sens de " même nature humaine " ? Manifestement pas, car ils sont déjà de cette nature ! Et à l’évidence, les disciples de Jésus ne deviennent pas non plus membres d'une même divinité composée d'un nombre incalculable de personnes.

Logiquement donc, Jésus ne parle pas plus ici qu'en Jean 10:30 de la nature divine qu'il aurait en commun avec Dieu. Dieu et Jésus ne sont pas " un " dans le sens " un Dieu ", ou une même nature divine.

EN QUEL SENS SONT-ILS " UN " ?

La note de la Bible Annotée Neuchâtel à Jean 17:21 nous éclairera sur le sens de l'expression utilisée par Jésus. Nous lisons : " Le grand objet de la prière de Jésus pour son Eglise, c'est l'union de tous ses membres dans la communion du Père et du Fils. (versets 21-23) Cette union qu'il avait déjà demandée spécialement pour ses disciples, (verset 11) il prie Dieu de la réaliser dans tous ses enfants ; ceux-ci doivent être un comme le Père et le Fils sont un, ils doivent être tous ensemble unis à Christ, et par lui à Dieu. De là, ce mot profond : un en nous, qui élève tous les rachetés jusqu'à la gloire éternelle que Jésus leur a acquise. (versets 22,24) "

Jésus et son Père sont " un ", unis pour poursuivre le même but, les mêmes objectifs. Et les disciples de Jésus doivent eux-aussi parvenir à cette même unité d'action.

À propos de Jean 10:30, Jean Calvin (qui était trinitaire) a dit dans son Commentaire sur le Nouveau Testament, T. II, Évangile selon Jean: " Les docteurs anciens ont grandement abusé de ce passage pour prouver que Jésus Christ est d’une même essence que son Père. Car notre Seigneur Jésus ne dispute point ici de l’unité de la substance, mais de l’accord ou du consentement qu’il a avec son père."

Ayant cette explication à l'esprit, reprenez donc le contexte immédiat de Jean 10:30 et recherchez quel but poursuit Jésus vis-à-vis de ses disciples. Il le dit :

" Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tous; et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. "

C'est très clair : l'unité d'action de Jésus et de son Père concerne les brebis, nous. Dieu et Jésus ont un même objectif : prendre grand soin des brebis pour que personne ne puisse les ravir, les voler. Dans ce but, Jésus et son Père sont " un " (Jean 10:30).

A notre tour, en tant que disciples de Jésus, nous devons faire tout notre possible pour parvenir à cette unité qui nous permettra de lutter épaule contre épaule et dans la même foi. En cela nous montrerons que nous oeuvrons en accord avec la prière de Jésus et de ces paroles de Paul : " Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus Christ, à tenir tous un même langage, et à ne point avoir de divisions parmi vous, mais à être parfaitement unis dans un même esprit et dans un même sentiment. " (1 Corinthiens 1:10 ; voir aussi Sophonie 3:9)

OBJECTION

A ce stade, certains objecteront : " Oui mais les juifs, eux, ont compris que Jésus disait être Dieu et c'est pour cela qu'ils ont voulu le lapider." (Jean 10:31)

Nous lisons en effet que les juifs accusent Jésus en ces termes : " Toi, qui es un homme, tu te fais Dieu. " (Jean 10:33). Ici, la plupart des traductions mettent un d majuscule à " dieu ". Néanmoins, la Bible de la Pléiade traduit ce terme par " dieu ", avec un d minuscule ; un dictionnaire donne comme sens de théos en Jean 10:33 : " Un dieu, une divinité. " (Dictionnaire grec-français du Nouveau Testament, par M. Carrez et F. Morel, Pierrefitte, 1985, p. 117 ; voir aussi The Emphatic Diaglott). En fait, dans sa réponse, Jésus lui-même corrobore cette option en citant Psaume 82:1-7.

Voici la réponse de Jésus (Segond) : " N'est-il pas écrit dans votre loi: J'ai dit: Vous êtes des dieux? Si elle a appelé dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée, et si l'Écriture ne peut être anéantie, celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde, vous lui dites: Tu blasphèmes! Et cela parce que j'ai dit: Je suis le Fils de Dieu."

Jéus a cité le Psaume 82. Citons les versets 1, 2 et 6 : " Dieu se tient dans l'assemblée de Dieu; Il juge au milieu des dieux. Jusques à quand jugerez-vous avec iniquité, Et aurez-vous égard à la personne des méchants? (...) J'avais dit: Vous êtes des dieux, Vous êtes tous des fils du Très Haut."

De qui le psalmiste parlait-il? De juges humains qui, de part leur haute fonction, étaient appelés des "dieux". Qui les appelait ainsi? Les hommes, faisant ainsi de ces juges des faux dieux, concurrents de Jéhovah ? Non. Ces juges sont appelés dieux par Jéhovah lui-même. Mieux encore ! Il les appelle " des fils du Très Haut ", ou autrement dit, des fils de Dieu.

Et donc Jésus utilise le Psaume 82 pour prouver quoi, en fait? Il le dit lui-même : ses interlocuteurs ne peuvent le lapider parce qu'il déclare être — non pas Dieu, mais — le Fils de Dieu. Puisque Dieu lui-même attribue à des humains le titre de dieu et de fils de Dieu, Jésus ne blasphème pas en disant qu'il mérite ces titres.

En fait, l'analyse du contexte de Jean 10:30 nous prouve que ce n'est pas parce que Jésus a dit " moi et le Père, nous sommes un " que les juifs ont voulu le tuer, mais bien plutôt parce qu'il a dit : " Mes brebis (...) Je leur donne la vie éternelle; et elles ne périront jamais. " (Jean 10:27, 28).

Mettez-vous à la place des juifs incrédules qui refusent de voir en Jésus le Messie promis, celui qui doit apporter par sa mort sacrificicielle la vie éternelle à tous les humains. Quand ils l'ont entendu dire ' Je donne la vie éternelle à mes brebis ', ils ont bondi. Car selon leur compréhension des choses, seul Dieu peut donner la vie éternelle. Quelque part, ils n'ont pas tort. La venue du Messie (ou Christ), la Rançon, est bel et bien une disposition de Jéhovah Dieu. A l'origine, la vie éternelle n'est possible que grâce à Lui. Cependant, les juifs auraient dû comprendre que le Salut éternelle viendrait de Dieu par le moyen du Christ, par son intermédiaire. Mais cela ils n'ont pour la plupart pas voulu le comprendre, bien que cela eut été annoncé par leurs prophètes. (Isaïe 53 ; Matthieu 20:28).

La réaction de Jésus à l'accusation portée contre lui — " tu te fais Dieu " — est révélatrice. Nous devrions en tenir compte. Posons-nous la question : Jésus n'avait-il pas là une bonne occasion de dire : " Je suis Dieu " ? Au lieu de cela, il se défend de l'accusation portée contre lui en affirmant : " Je suis le Fils de Dieu. " A cela, les juifs ne pouvaient rien répondre. Adam n'était-il pas lui-même appelé " fils de Dieu " ? En effet. (Luc 3:38).

CONCLUSION

Il est clair que l'interprétation qui est faite des paroles de Jésus contenues en Jean 10:30 dépasse souvent la limite du raisonnable. Certes, Jésus déclara : " Moi et le Père, nous sommes un ", mais il pria aussi pour que ses disciples soient un dans le même sens — " afin qu'ils soient un comme nous sommes un " — montrant qu’il s’agit d’une unité non pas dans la substance, le corps ou la divinité, mais dans la poursuite du même but. — Jean 10:30 ; 17:21, 23.


Pour moi la conclusion logique est donc celle-ci : ce verset est irrecevable pour prouver la Trinité.

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Thomas 19/05/2015 16:17

Vous dites :
En fait, l'analyse du contexte de Jean 10:30 nous prouve que ce n'est pas parce que Jésus a dit " moi et le Père, nous sommes un " que les juifs ont voulu le tuer, mais bien plutôt parce qu'il a dit : " Mes brebis (...) Je leur donne la vie éternelle; et elles ne périront jamais. " (Jean 10:27, 28).

C'est une simple supposition. Si cette supposition est fausse le reste de votre raisonnement s'écroule car pourquoi vouloir lapider quelqu'un qui se déclare "uni dans le même but que Dieu"... Ce devrait être le cas de tous les Juifs... Si les Pharisiens ont effectivement voulu lapider Jésus suite à cette parole c'est qu'elle signifiait bien plus que cela !

bleu_lagon 20/05/2015 09:59

Plus qu'une simple supposition, cette conclusion s'impose après examen de l'ensemble de ce passage. La réponse de Jésus suffit à démontrer qu'il ne voulait en aucun cas qu'on le prenne pour Dieu. Fils de Dieu et Dieu le fils ne sont pas équivalent !

bleu_lagon 20/05/2015 09:52

N'hésitez pas à nous faire part de ce que vous savez sur le sujet...

Thomas 19/05/2015 16:18

Pour compléter je pense que vous devriez faire des recherches sur ce que signifiait se dire "Fils de Dieu" au temps de Jésus, c'est très intéressant.