Genèse 1:1 - Èlohim

Publié le par bleu_lagon

" Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. " (Segond)

A première vue, il semble étrange que ce premier verset de la Bible soit utilisé pour prouver la Trinité. En français, rien ne rappelle de près ou de loin cette doctrine. Mais il faut savoir que le mot " Dieu ", dans ce verset, traduit l'hébreu ’Èlohim, qui est un pluriel. Ce mot pourrait donc être traduit en français par " les Dieux ". Certains voient dans ce pluriel une allusion à la Trinité.

L'argument semble plausible. Oui, mais... il y a un hic ! Réfléchissez. Selon ce qui est couramment admis, la Trinité désigne un Dieu constituée de trois personnes : Père, Fils et Saint Esprit. Or, ’Èlohim ne signifie pas " personnes " (au pluriel) mais " dieux " (au pluriel). Si donc l'explication avancée par certains était la bonne, il faudrait en conclure qu'il y a trois Dieux dans la Trinité ! Nous nous retrouverions donc avec une croyance (connue sous le nom de trithéisme : trois personnes trois Dieux) que beaucoup jugent innacceptable.

Alors que faut-il penser de ce pluriel ?

LE PLURIEL DANS LA BIBLE

Voici ce qu’on peut lire dans le Journal américain de littérature et de langue sémites (Tome XXI, juillet 1905), sous la plume d’Aaron Ember : " En hébreu, le pluriel s’employait pour désigner plusieurs phénomènes de l’univers, parce qu’ils évoquaient une idée de grandeur, d’excellence et de majesté."

Illustrant son propos, Ember poursuivait en ces termes : "En divers passages de l’Ancien Testament, le roi de Perse est appelé melakhim, ‘roi’ au pluriel, dans le sens de ‘grand roi’; de même, ‘l’Empire perse’ se dit mamlakhoth, pluriel du mot ‘royaume’, au sens de ‘grand royaume’."

Relevons différents pluriels hébraïques traduits en français au singulier car ils exprimaient à l'origine la grandeur, l'excellence ou la majesté :

Genèse 39:2 — Joseph habitait dans la maison " de son maître [’adhonaw, pluriel de ’adhôn], l'Égyptien. "

Genèse 42:30 — Joseph, " seigneur [adhoné, pluriel] du pays " d’Égypte.

1 Rois 1:1 — " sans que notre seigneur [wa’adhonénou, pluriel de ’adhôn] David le sache."

1 Rois 12:27 — " le coeur de ce peuple retournera à son seigneur [’adhonéhèm, pl. de ’adhôn], à Roboam, roi de Juda. "

Psaume 147:5 — " Notre Seigneur [’Adhônénou, pluriel de ’Adhôn] est grand, puissant par sa force. " (Remarquez les adjectifs au singulier).

Esaïe 1:3 — " Le boeuf connaît son possesseur, Et l'âne la crèche de son maître [be‛alaw, pluriel de ba‛al]."

Sachez aussi que l'expression " Tout-Puissant " traduit le mot Shadday qui est un pluriel. (Genèse 49:25 ; Psaumes 68:14).

L'hébreu ’Adhonay, est également un pluriel : de ’adhôn, qui signifie " seigneur, maître ". Ce mot, ’Adhonay, est souvent rendu simplement par " seigneur " (Genèse 15:2, Segond). Mais cette traduction ne rend pas le pluriel du mot qui cherche à exprimer l'idée de grandeur, d’excellence et de majesté. C'est pourquoi les traducteurs de la TMN ont rendu ce mot par " Souverain Seigneur. "

LA SIGNIFICATION DE ’ÈLOHIM

Aaron Ember commentait ensuite le terme hébreu traduit par " Dieu " : " On a avancé diverses théories pour expliquer la forme pluriel du mot ’èlohim qui désigne le Dieu d’Israël. La moins plausible est celle de ces anciens théologiens qui, à la suite de Pierre Lombard au XIIème siècle, voyaient dans le pluriel une allusion à la Trinité. (...) Mais, puisque les verbes et les adjectifs avec lesquels ’èlohim se construisait étaient au singulier, c’est la preuve que toute idée de pluralité dans ce mot, lorsqu’il s’applique au Dieu d’Israël, avait complètement disparu de la langue de l’Ancien Testament. (...) ’Èlohim ne peut être qu’un pluriel intensif, qui dénote la grandeur et la majesté, exactement comme si l’on disait ‘le grand Dieu’. Ce pluriel s’assimile à adonim [‘maître’], et à baalim [‘seigneur’, ‘propriétaire’], employés pour désigner certains êtres humains."

Citons quelque exemples bibliques qui prouvent l'explication avancée par Aaron Ember.

Une forme du titre ’èlohim est utilisée en Juges 16:23 pour désigner le faux dieu Dagon : " Ils disaient : Notre dieu [hébreu : ’èlohénou, forme pluriel] a livré entre nos mains Samson, notre ennemi. " Notez que le verbe qui l’accompagne est au singulier, ce qui prouve qu’il n’est question que d’un seul dieu.

En 1 Samuel 5:7, c'est encore le faux dieu Dagon qui est désigné comme le " dieu " [en hébreux : ’èlohénou] des Asdodites.

En 2 Rois 19:37, nous avons Nisroc, un dieu [en hébreu : ’èlohaw, pluriel de ’èlôah] d'Assyrie.

Josué 24:19 parle de Jéhovah en ces termes : " Vous ne pourrez pas servir l’Éternel car il [pronon singulier hou’] est un Dieu saint [’Èlohim qedhoshim, au pluriel], il est un Dieu [El, singulier] jaloux. " Manifestement, ’Èlohim est au pluriel pour exprimer la majesté et l’excellence.

Evidemment, ’èlohim signifie parfois simplement " dieux ", au pluriel. (Exode 12:12 ; 20:23.) Dans d’autres cas, il s’agit d’un pluriel d’excellence qui concerne seulement un dieu (ou une déesse). Toutefois, il est clair que ces dieux n’étaient pas des trinités.

En Psaume 82:1, 6, ’èlohim se dit pour des hommes, des juges humains en Israël. Jésus cita ce Psaume en Jean 10:34, 35. Ces hommes étaient des dieux en leur qualité de représentants et de porte-parole de Jéhovah. De façon comparable, Moïse apprit qu’il servirait de " Dieu " [lé’lohim, pluriel] à Aaron et pour Pharaon. (Voir Exode 4:16 et 7:1 dans TMN, et note).

En Psaume 8:5, les anges sont aussi appelés ’èlohim, ce que confirme Paul lorsqu’il cite ce passage en Hébreux 2:6-8. Ils sont qualifiés de bené ha’Èlohim, ‘ fils de Dieu ’ (Jérusalem) ou " fils du vrai Dieu " (TMN), en Genèse 6:2, 4 ; Job 1:6 ; 2:1. Le Lexicon in Veteris Testamenti Libros, par L. Koehler et W. Baumgartner (1958), page 134, donne cette définition : " Êtres divins (individuels), dieux. " Et, page 51 : " les dieux (particuliers) ", citant Genèse 6:2 ; Job 1:6 ; 2:1 ; 38:7. C’est pourquoi ’èlohim a été traduit en Psaume 8:5 par " anges " (Septante) ou par " ceux qui sont de condition divine ". (TMN) ; voir aussi Dictionnaire d’Hébreu et d’Araméen Bibliques, par P. Reymond, Paris, 1991, p. 63.

Notez également que la langue grecque n’a pas de pluriel de majesté ou d’excellence. Voilà pourquoi l’équivalent grec usuel de ’Él et de ’Èlohim dans la version des Septante et le terme rendu par " Dieu " ou " dieu " dans les Écritures grecques chrétiennes sont le même mot : théos.

CONCLUSION

La signification même du mot ’Èlohim — dieux au pluriel — devrait suffire à écarter toute allusion à la Trinité en Genèse 1:1 ou ailleurs. En effet, il est couramment admis que la Trinité désigne un Dieu — et non trois Dieux — en trois personnes.

Si nous tenons compte également de l'usage que faisait la langue hébraïque du pluriel, non seulement pour le titre " dieu " mais aussi pour d'autres titres (comme " seigneur " ou maître "), nous ne pouvons qu'adhérer à ces paroles de R. Girdlestone, professeur à l’université d’Oxford : "Nombre de critiques dont l’orthodoxie [trinitaire] est au-dessus de tout soupçon estiment toutefois qu’il est plus judicieux de s’en tenir à la position que des théologiens tels que Cajetan dans l’Église de Rome et Calvin chez les protestants ont jugé bon d’adopter, en considérant cette forme comme un pluriel de majesté." (Synonyms of the Old Testament)

Par conséquent, Èlohim, en Genèse 1:1, et partout ailleurs, ne prouve pas la Trinité. 

Publié dans La Trinité

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