1Jean 5:20

Publié le par bleu_lagon

Voici 1Jean 5:20 dans différentes traductions :

Segond — " Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu, et qu'il nous a donné l'intelligence pour connaître le Véritable; et nous sommes dans le Véritable, en son Fils Jésus Christ. [verset 21] C'est lui qui est le Dieu véritable, et la vie éternelle. "

Darby — " Or nous savons que le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné une intelligence afin que nous connaissions le Véritable, et nous sommes dans le Véritable, [savoir] dans son Fils Jésus Christ : lui est le Dieu véritable et la vie éternelle. "

Martin 1744 — " Or nous savons que le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné l'intelligence pour connaître le Véritable ; et nous sommes dans le Véritable, [savoir], en son Fils Jésus-Christ ; il est le vrai Dieu, et la vie éternelle. "

Ostervald — " Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné l'intelligence pour connaître le Véritable; et nous sommes en ce Véritable, en son Fils Jésus-Christ. C'est lui qui est le Dieu véritable, et la vie éternelle. "

Semeur — " Mais nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu et qu'il nous a donné l'intelligence pour que nous connaissions le Dieu véritable. Ainsi, nous appartenons au Dieu véritable par notre union à son Fils Jésus-Christ. Ce Fils est lui-même le Dieu véritable et la vie éternelle. "

Annotée Neuchâtel — " Mais nous savons que le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné l'intelligence pour que nous connaissions le Véritable ; et nous sommes dans le Véritable, en son Fils Jésus-Christ. C'est lui qui est le Dieu véritable et la vie éternelle. "

BFC — " Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu'il nous a donné l'intelligence nous permettant de reconnaître le Dieu véritable. Nous demeurons unis au Dieu véritable grâce à son Fils Jésus-Christ. C'est lui le Dieu véritable, c'est lui la vie éternelle. "

Jérusalem — " Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu'il nous a donné l'intelligence afin que nous connaissions le Véritable. Nous sommes dans le Véritable, dans son Fils Jésus Christ. Celui-ci est le Dieu véritable et la Vie ternelle. "

Chouraqui — " Nous savons que le fils d’Elohîms est venu. Il nous a donné l’intelligence de pénétrer le vrai. Et nous sommes dans le vrai, en son fils Iéshoua‘, le messie. Celui-là est le vrai Elohîms, la vie de pérennité. "

King James Version — " Et nous savons que le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné l’intelligence afin que nous puissions connaître celui qui est vrai; et nous sommes en lui qui est vrai, à savoir en son Fils Jésus-Christ. C’est lui le vrai Dieu, et la vie éternelle. "

TOB — " Nous savons que le Fils de Dieu est venu et nous a donné l'intelligence pour connaître le Véritable. Et nous sommes dans le Véritable, en son Fils Jésus Christ. Lui est le Véritable, il est Dieu et la vie éternelle. "

Crampon — " Mais nous savons que le Fils de Dieu est venu, et qu'il nous a donné l'intelligence pour connaitre le vrai Dieu, et nous sommes en ce vrai Dieu, étant en son Fils Jésus-Christ. C'est lui qui est le Dieu véritable et la vie éternelle . "

Bible de la liturgie — " Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu nous donner l'intelligence pour nous faire connaître Celui qui est vrai, et nous sommes en Celui qui est vrai, dans son Fils Jésus Christ. C'est lui qui est le Dieu vrai, et la vie éternelle. "

TMN — " Mais nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu’il nous a donné l’intelligence pour que nous parvenions à connaître le véritable. Et nous sommes en union avec le véritable, par le moyen de son Fils Jésus Christ. C’est là le vrai Dieu et la vie éternelle. "

PREMIÈRE CONSTATATION

Nous remarquons que quelque traductions laissent à penser que c'est Jésus qui est désigné par Jean comme le " Dieu véritable. " La Bible Semeur met même directement : " Ce Fils est lui-même le Dieu véritable. "

Ajoutons à notre liste la Bible de l'épée qui traduit : " Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu, et il nous a donné l'intelligence pour connaître le Véritable; et nous sommes en ce Véritable, en son Fils Jésus-Christ. C'est lui JÉSUS qui est le Dieu véritable, et la vie éternelle. "

Nous relèverons cependant la note qui précise dans cette Bible : " Nous avisons le lecteur que les mots en italique ne se trouvent point dans les Originaux, mais sont suggéré par le contexte ou les règles de grammaire, ou furent ajouté soit pour éclaircir le sens de la phrase où ils apparaissent, soit pour préciser l'enseignement donné. "

Par conséquent, nous comprenons que les mots " C'est (...) Jésus " ont été ajouté par le traducteur. Ce dernier a visiblement estimé que l'ajout de ces deux mots pouvait " éclaircir " ou " préciser l'enseignement donné " par Jean. Nous avons là un bel exemple de choix de " traduction "... qui peut ne pas faire l'unanimité, bien entendu.

DEUX INTERPRÉTATIONS POSSIBLES

Force nous est de reconnaitre que ce verset sorti de son contexte n'est pas facile à cerner. Même quand les traducteurs ont choisi de séparer les deux propositions par un point — comme par exemple la TOB : " Et nous sommes dans le Véritable, en son Fils Jésus Christ. Lui est le Véritable, il est Dieu et la vie éternelle " — il nous est difficile de dire si le mot " Lui " désigne le Père, Jéhovah, ou Jésus-Christ.

Cette difficulté ressort de la note que l'on trouve à ce verset dans la Bible Annotée Neuchâtel. Voici cette note :

" Dans la note qui précède, nous avons deux fois appliqué à Dieu, le Père, l'épithète : le Véritable, et pour maintenir l'harmonie de la pensée de Jean nous inclinons à rattacher au même sujet la troisième déclaration : C'est lui, Dieu, qui est le Dieu véritable, etc . "

Cependant, les commentateurs expliquent que certains voient dans la troisième déclaration — C'est lui qui est le Dieu véritable... — non plus le Père mais Jésus-Christ. Ils expliquent pourquoi en ces termes :

" Ceux qui la rapportent à Jésus-Christ en donnent pour raisons :
1° Que le pronom désigne plus naturellement le sujet nommé en dernier lieu.
2° Que cette déclaration : lui est le Dieu véritable, appliquée au Père, après que l'épithète de Véritable lui a déjà été appliquée deux fois, n'est plus qu'une répétition traînante et inutile.
3° Que les mots la vie, la vie éternelle sont habituellement attribués, non à Dieu, mais au Fils de Dieu. (1Jean 1.2 ; Jean 1.4 ; 11.25) "

Les traducteurs de cette Bible n'ont toutefois pas suivi cette logique et ils disent pourquoi :

" - De son côté, l'opinion contraire s'appuie sur les observations suivantes :
1° Le ton solennel de toute la pensée exige que la troisième déclaration se rapporte au même sujet que les deux premières. Or ce sujet, c'est Dieu le Père, non Jésus Christ, qui n'est nommé ici qu'incidemment et comme Médiateur de notre communion avec Dieu.
2° Ce qualificatif : le Dieu véritable, n'est jamais appliqué à JésusChrist, quoique comme Parole il soit appelé Dieu ; (Jean 1.1) mais il est appliqué, par Jésus lui-même, à Dieu, et cela en des termes qui le lui réservent exclusivement : seul Dieu véritable. (Jean 17.3)
3° Jean distingue toujours soigneusement le Père et le Fils par les attributs qu'il leur donne, il le fait même dans notre passage, par ce mot son Fils, Jésus Christ. Or, si la troisième déclaration s'appliquait au Fils, l'apôtre introduirait dans sa pensée une confusion d'idées qu'il évite toujours.
4° L'exhortation qui suit, relative aux idoles, suppose que l'apôtre leur oppose le Dieu, Dieu véritable. "

Des trois arguments présentés pour appuyer la thèse qui fait de Jésus le sujet de la phrase " C'est lui qui est le Dieu véritable... ", seul le premier me semble véritablement pertinent : " Le pronom désigne plus naturellement le sujet nommé en dernier lieu. "

Qu'est-ce que cela signifie? Des éclaircissements s'imposent.

LE RÔLE DU PRONOM HOUTOS

Certains soutiennent que le pronom démonstratif " c " apostrophe (houtos) — au début de la phrase " C'est lui qui est ..." — se rapporte à son antécédent immédiat, Jésus Christ. Par conséquent, Jésus serait " le vrai Dieu et la vie éternelle, " selon Jean.

Toutefois, plus d’un bibliste reconnu n’adhère pas à cette conception qui va dans le sens de la Trinité. Brooke Westcott, de l’université de Cambridge, a écrit : " Ce à quoi [le pronom houtos] se rattache le plus naturellement est le sujet dominant dans l’esprit de l’apôtre, et non celui qui est situé le plus près . "

Erich Haupt, théologien allemand, a écrit : " Il faut déterminer si le [houtos] de la proposition suivante se réfère au sujet qui le précède immédiatement [...] ou à l’antécédent Dieu, plus éloigné. [...] Un témoignage au seul vrai Dieu semble plus conforme à l’avertissement final contre les idoles qu’une démonstration de la divinité du Christ . "

Même une grammaire publiée par l’Institut biblique pontifical de Rome (A Grammatical Analysis of the Greek New Testament) déclare : " [Houtos] : en point culminant des [versets] 18-20, il est presque sans aucun doute question de Dieu le vrai et le véritable, [par] opp[osition] avec le paganisme (v. 21). "

Trouvons-nous ailleurs dans les Ecritures des phrases ou houtos, qu’on traduit généralement par " ce ", " celui ", " celui-ci ", " celui-là " ou " voilà ", ne se rapporte pas au sujet qui le précède immédiatement ? Oui.

HOUTOS DANS D'AUTRES PASSAGES BIBLIQUES

Prenons un premier exemple, 2 Jean 1:7 (Segond) : " Car beaucoup de séducteurs se sont répandus dans le monde, ne confessant point Jésus-Christ venant en chair ; c'est là [houtos] le séducteur et l'antéchrist. "

Dans ce verset, le pronom ne peut pas désigner l’antécédent le plus proche, Jésus. De toute évidence, " c'est là " s’applique à ceux qui ont rejeté Jésus. Collectivement, ils forment " le trompeur et l’antichrist ". (Voir aussi 1 Jean 2:22 dans Darby ou Segond)

Voyons un deuxième exemple, Jean 1:41, 42 (Segond) : " André, le frère de Simon Pierre, était l'un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean, et qui avaient suivi Jésus. Celui-ci [houtos] trouve, le premier, Simon son propre frère, et il lui dit : Nous avons trouvé le Messie (ce qui signifie Christ). "

Incontestablement, " celui-ci " ne se rapporte pas à la dernière personne citée, mais à André.

Luc fait un emploi similaire de ce pronom, par exemple en Actes 4:10, 11 (Darby) : " Sachez, vous tous, et tout le peuple d’Israël, que ç’a été par le nom de Jésus Christ le Nazaréen, que vous, vous avez crucifié, [et] que Dieu a ressuscité d’entre les morts ; c’est, [dis-je], par ce [nom] que cet homme est ici devant vous plein de santé. Celui-ci [houtos] est la pierre méprisée par vous qui bâtissez, qui est devenue la pierre angulaire. "

Sans conteste, le pronom " celui-ci " ne désigne pas l’homme qui était guéri, même s’il est mentionné juste avant houtos. " Celui-ci ", au verset 11, se rapporte à Jésus Christ le Nazaréen, qui est " la pierre méprisée " sur laquelle la congrégation chrétienne est bâtie.

Actes 7:18, 19 (Darby) constitue un autre exemple : " Jusqu’à ce qu’il se leva un autre roi sur l’Égypte, qui ne connaissait pas Joseph. Celui-ci [houtos], usant de ruse contre notre race, maltraita les pères jusqu’à leur faire exposer leurs enfants pour qu’ils ne demeurassent pas en vie. "

Là encore, le pronon " Celui-là " qui a opprimé les Juifs n’est pas Joseph, mais Pharaon, le roi d’Égypte.

Ce genre de passages confirment la remarque de l’helléniste Daniel Wallace, selon qui, en grec, " l’antécédent [d’un pronom démonstratif] le plus proche dans le contexte n’est pas forcément l’antécédent le plus proche dans l’esprit de l’auteur ".

En 1 Jean 5:20, l’apôtre utilise-t-il le même pronom d’une manière semblable? Il y a de solides raisons de le croire. Dans son ouvrage Theological Investigations le célèbre exégète catholique Karl Rahner remarque: " Dans la première lettre de saint Jean l’expression ho théos ["le Dieu"] se rapporte si souvent au Père sans la moindre équivoque qu’on doit pouvoir la lui appliquer tout au long de l’épître, à moins que nous ne supposions qu’un changement incompréhensible se soit produit dans la personne à laquelle Jean se réfère en employant ho théos . "

CONCLUSION

Il ressort donc une nouvelle fois de mes recherches que ce verset peut parfaitement être traduit de deux manières différentes, à partir de la même version grecque. Comment un traducteur détermine-t-il par conséquent pour quelle leçon il va opter? Résumons-nous :

Si il croît en la Trinité, il va faire valoir que " le démonstratif ' celui-ci ' (houtos) exige comme antécédent le nom qui vient d’être mentionné, Jésus-Christ. " (Christologie, Faculté de Vaux-sur-Seine, vol. 1, p.153.) Mais, comme nous l'avons vu, une telle exigeance n'est pas aussi évidente que certains voudraient le faire croire.

A l'opposé, ceux qui n'attribuent pas le titre de " Dieu véritable " à Jésus présentent de nombreuses et solides raisons bibliques pour justifier leur choix (Bible Annotée Neuchâtel, commentaire de Karl Rahner...). Ils font valoir, à juste titre, que le pronom houtos n'est pas déterminant et qu'il n'oblige absolument pas le traducteur à attribuer le titre de " Dieu véritable " à Jésus.

Par conséquent, j'en conclue que 1 Jean 5:20 n'est pas du tout concluant pour prouver la Trinité. Il est donc lui aussi irrecevable pour prouver ce dogme.

Publié dans La Trinité

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Henry Saker 29/08/2011 11:30


Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie ; car la Vie s'est manifestée
: nous l'avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue (1 Jean 1; 1-2)

Difficile de croire qu'on peut interpréter de deux manières !


bleu_lagon 20/05/2015 10:01

Jésus, en Jean 17:3, indique clairement ce que signifie la vie éternelle. Et il ne parle pas uniquement de lui dans cette prière adressée à Dieu.

Thomas 19/05/2015 16:11

Jean commence sa lettre en disant que la vie éternelle est Jésus Christ. Si on veut rester cohérent, la vie éternelle (et donc le Dieu véritable) en 1 Jean 5:20 est toujours... Jésus Christ. On ne peut pas imaginer Jean se contredire dans une même lettre.

bleu_lagon 08/09/2011 13:10



Certes ! Mais comment l'interprétez-vous ?